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Samedi 25 février 2012 6 25 /02 /Fév /2012 08:52

 

23/02/2012 74-

 

« Elle ne le frappe pas très souvent. »

 

Elle ne le frappait pas souvent, mais ce qu’il faut tout de même pour montrer qui commande à la maison. Il ne portait pas la jupe, mais elle portait la culotte. Mathilda était une maîtresse-femme, Jean le savait quand il l’a épousée. Au début, tout se passait bien, elle était douce comme une brise légère de printemps sur une joue d’enfant ou le velours du pain frais sur la langue. Elle était à ses petits soins et lui dans ses petits souliers. Mais Jean est d’un tempérament faible, sans relief, il s’est tellement laissé faire, que Mathilda a fini par considérer sa soumission comme légitime. Elle a entrepris d’améliorer son éducation. Elle lui a d’abord fait découvrir le ménage et ses subtilités, afin que « le partage des tâches » ne reste pas de vains mots. Puis, voyant qu’il s’en acquittait avec une telle application, elle l’a laissé seul, tandis qu’elle se limait les ongles ou se maquillait devant la glace.

 

Mathilda accordait une importance capitale à son image. Il en avait été ainsi depuis l’âge de deux ans. Elle accompagnait sa mère dans la salle-de-bains et lui empruntait le nécessaire pour se faire belle, elle paradait ensuite devant ses sœurs et frères, plus fière qu’un paon qui fait la roue. Pendant toute sa scolarité, jusqu’au lycée, les garçons la confortèrent dans ce penchant. Ils ne la trouvaient pas « terrible », mais elle déployait une rare énergie à prouver le contraire et ils n’osèrent jamais la contredire quand elle affirmait être la plus belle de sa classe.

 

Le premier homme qu’elle rencontra – Yves- ne se laissa pas faire. Certes, il la trouvait charmante et plus encore, mais il se rebiffa tant et si bien, que les scènes de ménage furent nombreuses et bruyantes au-delà de la normale. Yves, excédé, la planta là un soir, au milieu de ses jérémiades et récriminations, tout heureux de se libérer de ce joug tentaculaire.

 

Mathilda alla chasser sur d’autres territoires et elle tomba sur Jean qui cherchait à se caser pour faire pareil à ses copains. « Celle-ci en vaut bien une autre », se dit-il, bardé d’enthousiasme.

 

Son épouse le frappait donc de temps en temps pour entretenir l’amour (il n’y a pas pire que l’indifférence pour l’abattre). Elle lui faisait exécuter les pires besognes, tandis qu’elle se prélassait ou paradait, mais il n’émettait jamais aucune plainte, ne montrait aucun signe de rébellion. Il acceptait son état d’esclave avec résignation, mais aussi avec une certaine indifférence.

 

Il faut dire que Jean venait d’un  milieu militaire (il se définissait volontiers comme un homme des casernes) où le père avait élevé ses enfants selon des préceptes rigides qui ne souffraient nulle rebuffades, c’eut été de l’insolence. On devait dire oui à tout et merci par-dessus le marché, condition sine qua non pour recevoir une éducation digne de ce nom qui permette d’avoir tous les atouts pour faire son entrée dans le monde.

 

Cette mainmise de Mathilda sur la personne de Jean ne le gênait d’aucune façon. Si bien que peu à peu, l’épouse ne trouvant pas de caisse de résonnance, perdit son calme – le bourreau ne trouvait pas de ressort dans l’entière soumission du torturé ; le bourreau a besoin de victime, sinon il n’a pas de raison d’être. Elle tomba dans une profonde dépression.

 

Le médecin de famille la dirigea vers un psychiatre qui diagnostiqua péremptoirement après maintes séances : « Vous êtes une narcissique perverse. Vous avez asservi votre mari et celui-ci n’ayant aucun répondant, vous avez fini par retourner contre vous l’arme avec laquelle vous le teniez en joue. » Mathilda accusa le coup, ne fit bien sûr aucun effort pour s’améliorer, traitant même le spécialiste de charlatan qui ne connait rien à rien.

 

Elle s’enfonça plus avant dans la dépression, devint anorexique et ne sortait plus de sa chambre, puis resta définitivement clouée au lit.

 

Jean se révéla être un parfait garde-malade. Il était plus qu’aux petits soins avec elle. Il trouvait cela normal, n’est-ce pas le rôle d’un mari ? Les couples ne se doivent-ils pas assistance ? (Entre parenthèses, il passait sous silence l’adverbe « mutuellement », mais il n’était pas un as dans le maniement de la langue de Molière). Il regardait même la malade avec infiniment d’amour dans les yeux.

 

A force de prévenance, de prodigalité, de don de soi, la maladie de Mathilda empira. Elle ne supportait pas cette empathie destructrice, il n’était pas possible que cet imbécile de Jean soit si faible pour ne pas s’apercevoir que je l’ai constamment tyrannisé. C’était au-dessus de ses forces de l’imaginer. « Je t’ai traité comme un chien et toi tu remuais la queue ! » C’est avec cette pensée et en avalant sa langue, qu’elle mourut.

 

Jean, revenant de balade, la découvrit. Il en fut fort attristé. Il avait toujours cru partir le premier. « Mon Dieu », pria-t-il, « dans votre infinie mansuétude, je vous demande d’accueillir Mathilda et de lui réserver la place à laquelle elle a droit. » 

Par norge - Publié dans : nouvelle
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Jeudi 16 février 2012 4 16 /02 /Fév /2012 12:09

 

16/02/2012 73-

« J’avais le sentiment d’être une spécialiste glaciale, insensible aux malheurs des autres. »

 

Moi, Crysalid Porter, je suis thanatopracteur, c’est-à-dire : j’embaume, je sublime les corps morts, je leur redonne vie. J’enjolive les cadavres.

 

Laissez-moi vous conter ceci. Une aventure qui m’est arrivée.

 

On m’avait amené un corps : Jenny Lacourse, 20 ans. La jeune femme avait été violée, torturée, tuée. Elle était passée entre les mains du médecin légiste et l’on sait bien quel sort il réserve à leurs « victimes ».

 

J’eus un premier pincement au cœur quand je vis que cette jeune femme ressemblait trait pour trait à ma fille Mathilda, elle avait aussi le même âge qu’elle. Je l’imaginai aux mains de son ou de ses assassins et je ressentis une profonde révolte, d’autant plus accentuée qu’il aurait pu s’agir de ma fille. Enlevez vos sales pattes de cette fille en fleur ! Je criai évidemment dans le vide.

 

Tout affolée, J’appelai Mathilda sur son portable et j’eus un deuxième pincement au cœur. Elle ne répondit pas à mes appels réitérés. Une sourde panique s’empara de moi. Je vérifiai fébrilement les papiers d’identité et le dossier de Jenny Lacourse. Celle-ci était orpheline et il n’était fait mention de son passé que cette dernière année où elle était étudiante en lettres dans une université parisienne. C’est dans cet établissement que ma fille faisait ses études.

 

Elle continua de rester sourde à mes appels. Mon estomac s’était bloqué, mes sens ne répondaient plus, mon cœur avait presque cessé de battre, mais je continuai malgré tout à m’occuper de Jenny. Je lui composai un beau visage, maquillai tant bien que mal ses traits torturés et je réussis, je dois dire sans me vanter, à lui donner une douce expression et je lui dessinai même un sourire qui pouvait s’apparenter à celui de la Joconde. Prise dans ces actes professionnels, je me détendis quelque peu et je me dis que Jenny n’avait pas à pâtir de mes interrogations concernant le fruit de mes entrailles. Ce n’était pas son problème, elle en avait bien d’autres ! La probabilité que je m’occupe du corps de Mathilda était infime.

 

J’eus cependant mon troisième pincement au cœur quand je la retournai. Au bas des reins de jenny était tatouée une araignée qui enserrait ses fesses. Mathilda avait le même. Mathilda avait le même ! Quand je lui avais demandé sa signification, elle était restée évasive. « Je trouve ça beau », m’avait-elle seulement répondu. Je déteste les tatouages et je la gourmandai gentiment en lui disant qu’elle serait marquée à vie. Mais elle resta sur ses positions et me tint tête jusqu’à ce je me fasse une raison. Cette fois, il ne pouvait y avoir coïncidence, il ne planait plus aucun doute : je m’occupai du cadavre de ma fille.       

Je m’occupai du cadavre de ma fille ! Les dieux m’avaient envoyé une épreuve inhumaine, me punissant sans doute de quelque mauvaise action que j’avais dû commettre sans m’en rendre compte. J’appelais une de mes relations avec qui  j’avais travaillé de temps en temps : le commissaire Bornave.

 

         Il m’expliqua toute l’affaire et cette fois, je n’eus pas un quatrième pincement au cœur, car je n’en avais plus, il m’avait lâché devant l’horreur qu’il me servit.

 

         « Jenny Lacourse menait une double vie, en réalité elle s’appelle Mathilda Porter… le même patronyme que vous, il me semble (je ne pus rien articuler). Cette jeune femme a eu un destin particulièrement tragique. Figurez-vous que son assassin (il nous l’a avoué au cours de l’interrogatoire) déteste les araignées, il en a même une phobie maladive. Les deux jeunes gens venaient de se rencontrer et au cours de leur première expérience sexuelle, quand il a vu le tatouage sur les fesses de Jenny/Mathilda, il a perdu les pédales. Il a mélangé son combat contre l’arachnide en le transférant avec celui de la jeune femme. »

 

         Il me donna alors des détails mortifères que je préfère garder pour moi. Puis il partit, me laissant seule avec ma douleur et avec la dépouille de… Mathilda. Qui pourra me dire si je m’en remettrai un jour ?

 

Par norge - Publié dans : nouvelle
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Jeudi 9 février 2012 4 09 /02 /Fév /2012 15:23

 

09/02/2012 72-

« Elle le pria d’éteindre la lumière avant de s’en aller, il referma lui-même les rideaux du lit et partit. »

 

La vielle dame était fatiguée. Elle vit partir son fils avec un soulagement évident. Même s’il lui avait toujours été d’un grand secours, même s’il avait beaucoup supporté d’elle. Il avait supporté la vue de son corps qui déclinait à vue d’œil et qui se désagrégeait de jour en jour. Il lui était davantage difficile de faire subir que de subir.

 

Elle avait eu une belle vie avec des sourires et des chansons, elle avait fait quatre beaux mariages qui lui avaient apporté à chaque fois des choses différentes, mais la plupart du temps agréables. Et puis, cerise sur le gâteau, elle avait eu ce fils magnifique et aimant au-delà du possible. Que souhaiter de plus ? Tout était parfait. Tout était dit.

 

Elle rappela les cinq minutes précédentes. Elle avait prié Ange d’éteindre la lumière avant de s’en aller, il avait refermé les rideaux du lit et il était parti. Il avait sans doute rejoint Mathilda qui l’attendait avec impatience, la maudissant sans doute de lui avoir volé de précieux moments.

 

La vieille dame avait mis toutes ses affaires en ordre. Elle avait légué tous ses biens à ce fils aimé, elle n’avait plus personne d’autre, étant veuve de son dernier mari.

 

Elle s’endormit.

 

Un rêve la prit entre ses bras. C’était Ange qui revenait avec Mathilda au coin de ses yeux. Mais il avait un regard étrange. Elle ne le reconnaissait plus. On lui avait changé. Il ouvrit le rideau du lit. Elle ne le remarqua pas tout de suite.

 

Elle ne remarque pas le couteau qu’il cache dans un bouquet de fleurs. C’est un fils aimant. Il va les lui offrir. Elle l’entend déjà lui dire :

 

         - Pour toi, ces roses.

 

Mais non, il ne dit rien, la lueur dans ses yeux est devenue très dure, froide comme la lame de ce couteau qu’il cache toujours dans le bouquet de fleurs. Elle fait semblant de dormir. Il s’approche de son visage pour voir si elle dort vraiment. Elle sent son haleine de fils aimant. Il ne veut pas la regarder dans les yeux. Il y verrait un fils qui tue sa mère.

 

D’ailleurs il la tue. Il lui plante la lame en plein cœur. La vieille dame se dit : « quel amour de la part de ce fils. Il m’a « donné » la mort en cadeau. Il me l’a offerte, alors qu’il tenait tant à moi. Quelle abnégation ! Il n’a pas supporté de me voir souffrir, d’être témoin de la déchéance de sa mère. Un torrent d’amour coule dans ses veines… »

 

C’est ce que se dit la vieille dame avant de mourir, tandis qu’Ange et Mathilda mesurent… l’étendue des biens. Ils ont trop longtemps attendu et elle qui ne mourait pas. Il faut bien de temps en temps donner un coup de pouce au destin.

 

Par norge - Publié dans : nouvelle
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Jeudi 2 février 2012 4 02 /02 /Fév /2012 19:03

 

02/02/2012 71-

 

« - Quelle est donc votre maladie ? »

 

« C’est grave, docteur ? »

 

Jean se posait souvent cette question.

 

Il était régulièrement animé de tremblements, les battements de son cœur s’accéléraient anormalement, il sentait passer dans tout son corps des ondes électriques qui le laissaient, en fin de compte, exténué et au bord de la rupture. Il avait consulté plusieurs généralistes et bon nombre de spécialistes, on lui faisait toujours la même réponse : vous n’avez rien (en tout cas rien de visible). Il fallut alors se tourner vers le psychosomatique, ce qu’il fit, mais le psychiatre qui le reçut à diverses reprises, ne réussit pas à poser de diagnostic. Jean n’en pouvait plus de se sentir dans cet état de latence où il alternait les périodes de cœur gai et les moments d’angoisse où ses jambes flageolaient.

 

Bon… Il examina la situation. « J’ai rencontré Bérénice il y a peu, pour l’instant nous vivons un bonheur sans nuages, alors pourquoi serais-je malade et surtout : de quoi souffrirais-je ? »

 

C’est sont neveu de huit ans qui lui apporta la réponse. On connaît le proverbe… mais cette fois Jean eut l’occasion d’en vérifier la véracité.

 

Il avait amené le gamin au zoo et ils s’étaient arrêtés au rayon « singes ». Les bonobos faisaient des pitreries et passaient beaucoup de leur temps à rendre hommage à bon nombre de leurs congénères.

 

Évidemment, l’enfant se montra fort intrigué.

 

- Dis tonton, qu’est-ce qu’ils font les singes ?

- Euh… Ils font l’amour.

- C’est quoi : faire l’amour ?

- C’est quand deux êtres s’aiment tellement que ça « colle » bien entre eux, que leur cœur fait boum-boum et qu’ils veulent être toujours ensemble.

- Et pourquoi ils tremblent ?

- C’est comme s’ils avaient de la fièvre, vois-tu fiston, on peut dire qu’ils sont…

« Malades »

 

Il s’arrêta net dans sa phrase. Il avait enfin trouvé de quoi il souffrait : de la maladie d’amour. Une maladie terrible si on y pense, car elle vous met dans un lamentable état de dépendance l’un de l’autre. Il vit Bérénice en pensées et il put à loisir l’agonir, la rendant responsable de son mal.

 

Mais il est logique de penser que tout homme malade veuille guérir. Son premier but allait donc devenir de guérir de Bérénice. Il la vit moins, l’embrassa moins, lui fit de moins en moins l’amour. Et il arriva ce qui devait : elle tomba dans les filets d’un autre homme.

 

La maladie de la jalousie est encore plus terrible que la maladie d’amour, elle surgit d’ailleurs souvent en corollaire. Jean n’eut plus qu’une pensée : guérir de sa nouvelle maladie. Et quelle meilleure solution que de faire disparaître l’objet de cette jalousie ?

 

Il tua bérénice.

 

La prison guérit de bien des maux. C’est ce qui arriva à Jean Brot. Derrière les barreaux, il se sentit enfin libre et complètement… guéri de Bérénice. 

Par norge - Publié dans : nouvelle
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Jeudi 26 janvier 2012 4 26 /01 /Jan /2012 12:03

 

26/01/2012 70-

« Petite sœur, je suis dans la place. »

 

         Anne, petite sœur, je suis dans la place et je progresse à petits pas, tant les lieux me paraissent lugubres et à tout le moins austères. Tu as bien fait de quitter ton poste d’observation du donjon et t’être replié dans la forêt. J’en aurais fait de même, si notre sœur Bernadette ne me semblait pas en danger. Bon, je te décris ce que je vois. Le château est pareil à ce qu’il était quand tu l’as quitté. Il s’agit d’un sinistre château-fort qui garde bien des secrets. Je n’ai pas encore aperçu l’hôte des lieux, mais s’il est tel que tu me l’as décrit, on peut se faire du souci quant au sort réservé à Bernadette.

 

Jean errait dans un véritable labyrinthe composé de couloirs et d’escaliers qui menaient à différentes vastes pièces. Sa sœur Anne l’avait prévenu, mais il s’était fait une toute autre idée de l’endroit. Il entendit des voix, c’étaient des gardes qui discutaient autour d’une carafe de vin. Il avait entendu le tintement des timbales. Il s’éloigna donc de cet endroit dangereux. Il progressait lentement de crainte de tomber dans une cave ou dans un trou qui pouvait mener à des oubliettes.

 

Pour l’instant, il n’avait trouvé aucune trace de ces femmes dont Anne lui avait décrit le calvaire et qui avaient été tuées par l’abominable Barbe-Bleue dont l’évocation du seul patronyme engendrait la peur et l’effroi dans tout le royaume. Bien sûr, personne n’était venu y mettre le nez, ni les a  autorités, encore moins le roi ou ses représentants, de peur des représailles qu’on présentait comme terribles.    

 

Il parvint dans une pièce sobre, aux murs couverts en partie de salpêtre et suintant d’humidité. Et au fond, se trouvait un immense placard avec différentes portes. Il ouvrit la première et fut saisi d’effroi. Se trouvait là accroché à une sorte de cintre, le cadavre pâme et froid d’une belle jeune fille à peine pubère. Les autres portes lui livrèrent le même spectacle de désolation. Il compta une bonne vingtaine de victimes, toutes plus grimaçantes dans la mort les unes que les autres. Le sang de Jean s’était glacé depuis longtemps et il serra sa dague qu’il portait dans un étui à son flanc. Il allait mettre fin aux agissements de ce fieffé criminel qui prenait la vie de jeunes filles à la fleur de l’âge, certaines n’étant même encore qu’en bouton.

 

Ses pas s’accélérèrent et résonnèrent sur les dalles de pierre qui constituaient l’essentiel du sol du château. Ce fut alors qu’il entendit des plaintes, de petits cris d’un animal qu’on égorgeait. En s’approchant, il s’perçut que ce n’était pas d’un animal qu’il s’agissait, mais d’une jeune femme aux longs cheveux blonds. Celle-ci était attachée à un instrument de torture et ses traits grimaçants exprimaient tout l’horreur des tortures qu’on lui infligeait.

 

« J’assiste à une scène bouleversante », murmura Jean à Anne qui attendait, haletante, au bout du téléphone portable. Puis il y eut un grand silence. Il ferma son téléphone, car il ne pouvait en décrire davantage à sa sœur Anne. En effet, quelle ne fut pas sa stupéfaction de constater que c’était Bernadette qui officiait.

 

- Tiens, prends cela encore et encore, tu l’as bien mérité petite polissonne. Allez barbiche bleue, montre-lui que t’es un homme, tu vois pas que cette enfant a envie de connaître tous les plaisirs de la chair !

 

Mais le dénommé Barbe-Bleue trouvait qu’on était allé trop loin et il n’avait plus envie de violer et de tuer d’aucune façon. Bernadette le regarda avec mépris, l’admiration qu’elle avait éprouvée au début de leur rencontre, avait cédé la place à une profonde déception.

 

Jean ne savait pas par lequel commencer, tant son écœurement était profond. Ce fut donc presque instinctivement qu’il se rua sur Barbe-Bleue et lui planta sa dague en plein cœur. Bernadette essaya de fuir, mais il la rattrapa par les cheveux et lui trancha la gorge. Puis, il rappela sa sœur Anne et dit simplement, après avoir délié la jeune femme qui le couvrit de baisers reconnaissants :

 

« Tout est en ordre maintenant… Il n’y a plus rien à craindre. »

 

Par norge - Publié dans : nouvelle
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Jeudi 19 janvier 2012 4 19 /01 /Jan /2012 10:43

 

19/01/2012 69-

« Elle nous a regardés, mais elle n’était plus là. »

 

Dans son regard, on s’est bien rendus compte qu’elle n’était plus là. Elle s’était absentée d’elle. Il arrive souvent que les gens multiples ont une personne charnelle qui reste les pieds sur terre et une autre qui s’envole. Le problème était de la retrouver, je veux dire celle qui s’était envolée. Aussi, fis-je un effort surhumain pour m’extirper de ma gangue de chair et d’os et je me lançais à la poursuite d’Estelle.

 

Le chemin fut long et semé d’embûches. Je fréquentai tout d’abord une route qui serpentait à travers forêts et collines où je ne rencontrai pas âme qui vive. A peine remarquai-je quelques oiseaux égarés qui me tinrent compagnie de longs moments. Il me fallut à peu trois semaines pour parvenir devant une ville qui m’évoquait quelque chose, mais je ne savais quoi : Mnémosis. Je n’avais aucune encyclopédie sous la main ni Internet à ma disposition et, de ce fait, je me perdis en conjectures.

 

Cependant une force étrange me tirait par la manche. J’entendais une petite voix perchée au-dessus de la tête de ma deuxième personne et celle-ci me guidait. C’est ainsi que j’arrivai dans la rue des Chiffonniers au numéro 28. Je sonnai à la porte.

 

Ce fut Estelle qui m’ouvrit. Je devrais plutôt dire le double d’Estelle, car la personne ne connaissait rien de moi ni de ma vie sur terre, encore moins de la sienne. J’eus beau lui rappeler un tas de souvenirs, rien n’y fit : elle avait tout oublié. Ce fut à ce moment que me revint la signification de Mnémosis : la ville où l’on oublie.

 

Le double d’Estelle était très beau, bien plus que l’exemplaire resté sur terre. Disons-le tout net, sur terre c’était la copine de mon meilleur ami : Paul. Mais là, il y avait tant de distance, le moment était tellement solennel, elle était tant jolie, que je me crus tout permis et n’eus pas le moindre remord. Je fis une cour éhontée à Estelle qui céda à mes avances et me tomba dans les bras.

 

Nous vécûmes là heureux et nous n’eûmes pas d’enfants qui auraient pu troubler notre bonheur intense que nous voulions sans partage. Mais Ronsard et de nombreux poètes ont écrit que les plus belles choses ont une fin et…

 

Un soir que nous faisions l’amour, Estelle a fondu dans mes bras. J’entends « fondue » au premier sens du terme. C’est-à-dire, après avoir subi une érection aussi monumentale que douloureuse qui sombra en quelques minutes, je me retrouvai seul dans le lit, avec seulement mes yeux pour pleurer et mon sexe flasque et mou pour tout ornement.

 

Je m’habillai en quatrième vitesse, fis le chemin à l’envers et je me retrouvai dans la première situation, c’est-à-dire, moi accouplé à Patricia, en compagnie de nos deux amis : Estelle et Paul, liés comme les doigts de la main.

 

C’est quand Estelle a dit : je t’aime à Paul, que mon sang s’est glacé et que tout s’est déclenché. L’autre moi-même, qui n’en pouvait plus, sortit de moi sans que je puisse le maîtriser et il donna un coup de couteau à Paul qui, évidemment, ne s’y attendait pas.

 

Dans cet asile où je vis maintenant, le docteur s’est voulu très rassurant. Il m’a dit qu’un jour tout rentrerait dans l’ordre et que mon double finirait bien par retourner à Mnémosis, mais j’en doute. Je doute surtout de la capacité du médecin à connaître le fond de ces choses-là, car il a une personnalité multiple.

 

Par norge - Publié dans : nouvelle
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Jeudi 12 janvier 2012 4 12 /01 /Jan /2012 11:04

 

12/01/2012 68-

« Le lièvre sortit un nez apeuré, il avait l’air vaguement coupable. »

 

Entre Cindy et le lièvre, c’était une véritable histoire d’amour. Elle avait commencé alors que la petite fille avait six ans. Un jour, qu’elle se trouvait à jouer dans les champs de la ferme de ses grands-parents, elle s’était approchée d’un gros tas de souches abandonnées depuis des lustres remontant au remembrement. La petite fille avait entendu des couinements, et elle avait fini par découvrir en les suivant, un jeune lièvre pris au piège. Elle l’avait dégagé délicatement et l’animal, sans doute bouleversé, l’avait regardée avec reconnaissance, puis il était venir se blottir dans ses bras. Ils ne se quittèrent désormais plus.

 

Cindy avait souvent le cœur triste d’avoir perdu ses parents dans un horrible accident de voiture. Mais ses grands-parents avaient adouci sa peine en la couvrant d’amour. Elle coulait auprès d’eux des monceaux de jours heureux. Le lièvre avait grandi et il suivait sa compagne partout. Celle-ci avait attrapé ses douze ans et elle commençait à comprendre des choses. Elle avait sauvé bien souvent son cher et tendre animal des griffes méchantes de certains hommes affligeants. Mais elle avait tenu bon et celui-ci était resté en vie, loin des chasseurs en tout genre.

 

Or un jour, alors que Cindy, avec le lièvre, rendait visite à ses parents sur leur tombe où elle avait versé bien des pleurs, voilà que celui-ci, habituellement très sage en ces lieux de recueillement, se décida à gratter le sol. Il retrouvait là tout son atavisme qu’il avait quelque peu oublié au contact de cette représentante de l’espèce humaine. Il fit tant et si bien qu’il disparut aux yeux de Cindy. Elle eut beau appeler : petit… petit… elle ne lui avait pas donné de nom pour ne pas le rabaisser… petit… petit… rien n’y fit, le lièvre demeurait introuvable.

 

Des heures passèrent et Cindy ne se résolvait pas à quitter le cimetière, espérant toujours que son animal favori réapparaitrait. Ce ne fut qu’à la nuit tombante que se fit de sous la terre un petit couinement, le même que celui qu’elle avait entendu lorsqu’elle avait sauvé le lièvre du piège. Il sortit un nez apeuré, il avait l’air vaguement coupable. Cindy lui demanda ce qu’il avait fait pendant tout ce temps, mais elle n’obtint que du silence pour toute réponse. Elle le tança un peu, mais ses gronderies en général ne duraient pas longtemps et cette fois-là, elles ne dérogèrent pas à la règle.

 

On ne trouva la réponse que bien plus tard, quand Cindy mourut à l’âge canonique de 101 ans, le lièvre étant mort depuis bien longtemps. Il s’avéra que l’animal terrassier avait aménagé une place entre les ossements des deux époux. Ce fut dans cette niche que l’on enterra Cindy. Mais à peine le couvercle refermé, voilà que s’amena le lièvre ressuscité d’entre les morts. Il se coucha sur la poitrine inerte du cadavre fraîchement émoulu et l’on ne sait ce qui se passa exactement, mais l’âme de la défunte lui ouvrit les bras et ils s’envolèrent tous deux dans les limbes qu’ils avaient bien méritées.

 

Chasseurs, si vous voyez un lièvre à portée de tir, posez-vous la question avant de tirer : n’y aurait-il pas par hasard, dans le corps de cet animal, une âme nommée Cindy ?

 

Par norge - Publié dans : nouvelle
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Jeudi 29 décembre 2011 4 29 /12 /Déc /2011 09:28

 

29/12/2011 67-

« Edouard s’enquiert du prix auquel est proposé le tableau. »

 

 

Edouard est un habitué des salles de vente et des galeries d’art. Il a acheté plusieurs fois des œuvres, sans être vraiment intéressé. Il l’a fait, soit pour l’investissement en acquérant des signatures consacrées, soit pour passer le temps, soit encore pour dépenser son argent.

 

Mais cette fois, il tombe en arrêt devant un tableau. Quelque chose s’en dégage qui le touche profondément. Il s’agit d’un nu de jeune fille penchée sur une fontaine et dont la pose suggestive lui évoque mille possibilités.

 

Il s’enquiert du prix auquel est proposé le tableau.

 

Le directeur de la galerie consulte son livre des cotes et il annonce royalement :

- 220 euros.

 

Edouard, tout en faisant une moue d’étonnement, ne peut s’empêcher de commenter :

- Si peu cher ?

- D’autant, complète le gérant, « que le cadre est de grande valeur. »

 

Edouard tient à tout prix à payer au moins mille euros – il a établi le chèque-, histoire de ne pas léser l’artiste. Mais le directeur n’en démord pas, c’est ce prix-là et pas un autre. Edouard se fend donc d’un nouveau chèque et on lui emballe le tableau.

 

Il rentre chez lui rapidement, son précieux achat sous le bras, tellement impatient de le déballer et de l’accrocher au-dessus de son lit. C’est ce qu’il s’empresse de faire séance tenante. Avant de s’endormir, il reste une bonne heure à contempler son tableau. Il n’a jamais rien vu de plus beau et il lui sembla que ses yeux, eux-mêmes, s’embellissent. Il s’endort.

 

Une heure plus tard,, alors qu’il est niché dans son rêve, il arrive près d’une fontaine qui chante. Il s’apprête à se désaltérer, lorsque surgit une jeune fille à peine pubère qui commence à se déshabiller. Edouard n’en croit pas ses yeux. Elle est d’une beauté à faire pâlir tous les saints du Paradis. Elle prend son temps, consciente du trouble provoqué chez l’homme qui la regarde. Au bout d’un temps qui dure mille ans, sa nudité éclate comme une insulte.

 

La jeune fille se penche alors vers l’onde claire et faisant une conque de ses mains, elle boit de l’eau avec délectation. Inutile de dire qu’Edouard est fasciné. Puis elle vient lui prendre la main, refait les mêmes gestes et lui fait boire le précieux liquide. Edouard la frôle, la touche, hume son parfum et son odeur. Il est aux anges. Le liquide qu’il avale a le goût de Paradis.

 

Ce n’est qu’une heure plus tard, quand la vision s’est dissipée et que la jeune fille a disparu, qu’Edouard est pris de coliques dont il ne survivra pas. Endurant des souffrances inhumaines, son regard est attiré vers le tableau au-dessus de son lit. La jeune fille nue est toujours aussi nue, mais elle a un œil fermé. Il semble qu’elle lui fasse un clin d’œil.

 

Par norge - Publié dans : nouvelle
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Jeudi 22 décembre 2011 4 22 /12 /Déc /2011 10:19

 

22/12/2011 66-

« MEG. Oui, bien sûr, j’ai tué. »

 

Cet aveu ne lui avait pas coûté dans la mesure où Meg avait cent ans et qu’à cet âge-là, on pardonne bien des fautes et des errements. Elle regarda dans le vide et poursuivit d’une voix monocorde :

 

« Oui, bien sûr, j’ai tué. Mais souvent sans le faire exprès. Ma première victime a été ma mère. Ma sœur me baladait dans une poussette, en haut d’une côte à la pente très prononcée. Pour s’amuser Lou lâcha les poignées et le véhicule dévala la pente à un train d’enfer. Maman, qui était en bas, voyant cela, essaya d’arrêter ma course folle, elle fit écran de son corps, la poussette s’immobilisa. Mais ma mère s’était fracassée la tête contre l’arête du trottoir et elle mourut sur le coup. A 18 mois, on ne se rend pas compte de la réalité des choses, je n’eus donc pas de peine, juste un manque. Lou, oui, à 5 ans déjà, on se sent responsable.

 

Pour papa, ce ne fut pas pareil, il était alcoolique et violent, c’est donc d’un commun accord avec moi-même que je mis du poison dans son litron. Il ne pourrait plus nous nuire.

 

A 20 ans passés, Lou continuait d’avoir une peine immense d’avoir tué involontairement maman. Je n’eus pas le cœur à la laisser souffrir, je voulais la soulager. Elle ne pourrait faire la vie dans de bonnes conditions. Je l’endormis de médicaments et je l’étranglai avec une douceur extrême, oserais-je dire avec… amour. Elle s’endormit sans une plainte.

 

Morgan adorait conduire sa voiture, il ne était tellement fier qu’il oubliait tout le reste. Nous nous aimâmes. Nous essayâmes d’avoir un enfant. Un jour, par amour, il accepta de me laisser le » volant. Je n’étais pas habituée à ce bolide, aussi ignorai-je le camion qui venait en face. Nous fîmes une grosse embardée, passant par la glissière de sécurité, pour finir au fossé. Morgan s’était gentiment assis à la place du mort… il mourut. Et moi qui étais enceinte, je perdis mon bébé.

 

Mes trois maris suivants furent victime de mon inconséquence et de mes étourderies, mais non de ma méchanceté, je fus involontairement à l’origine de leur mort. Paix à leur âme. C’est avec le quatrième que j’ai eu Marty. Marty vécut jusqu’à 25 ans. Son père était mort depuis longtemps. Nous étions tous les trois en vacances en Martinique et je fis des pieds et des mains pour aller bronzer sur cette plage. Tout se passa bien la première heure. Puis le vent se leva et chahuta les cocotiers. J’étais allongée sur le dos et je vis soudain une noix de coco qui se détachait de l’arbre et qui s’apprêtait à chuter sur moi. Dans un mouvement réflexe, plus que par un geste réfléchi, je tirai Joseph à moi, lui mis le buste sur mon corps, si bien qu’il offrait sa tête à la vindicte du fruit chutant. Ce qui devait arriver arriva, la noix de coco, qui n’a pas un brin de jugeote et qui se laisse aller aux éléments, choisit son crâne pour atterrir, ce qui eut pour effet de le fracasser. Il est vrai qu’il l’avait mou. Il mourut sur le coup. Marty perdit son père.

 

Malgré tout, il atteignit 25 ans, il était beau comme un astre, avait un corps d’Apollon et toutes mes amies me l’enviaient. Il m’apportait plus de bonheur que je méritais.

 

C’est en sortant la voiture du garage un matin, que l’accident se produisit. Je ne voyais rien à cause d’un brouillard épais. Lui c’était mis à l’arrière pour me guider. Mon pied glissa sur l’accélérateur et la voiture partit violemment en marche arrière. Naturellement, je sentis le corps de Marty passer sous les roues. Il ne s’en releva pas.

 

C’est pour cela que je dis avoir tué plusieurs fois, mais ça n’a pas toujours été volontaire. Je suis persuadé de mon honnêteté, car les dieux m’ont laissée vivre jusqu’à maintenant et sans doute pour quelques années encore. D’après eux, je mérite le Paradis…

 

N’est-ce pas ?

 

Par norge - Publié dans : nouvelle
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Mercredi 14 décembre 2011 3 14 /12 /Déc /2011 15:23

 

14/12/2011 65-

« Une femme venait de prendre tout mon espace visuel, toute ma concentration d’esprit. »

 

 Une femme venait de prendre tout mon espace visuel, toute ma concentration d’esprit. J’étais en elle, plein d’elle, pris par son ampleur, sa beauté, son effervescence, son entregent. En deux mots : j’étais hypnotisé, subjugué. Et elle, ne se doutant de rien, allait et venait, aérienne, dans l’aréopage des invités.

 

Elle éclipsait tous les membres de la réception donnée par les édiles de la ville. Il y avait là un militaire de carrière roide dans ses bottes qui aboyait des ordres au personnel. Des femmes fatales jouant les entremetteuses. Un saucisson volant. Une épave de bateau. Un avocat qui plaidait sa cause auprès d’une veuve toute de noir vêtue. Un révolutionnaire égaré qui cachait une bombe sous une redingote du plus mauvais goût. Un président de la république avachi sur un sofa qui discourait à un échantillon de personnes influentes. Un bourreau. Un sapeur pompier qui essayait d’éteindre un début d’incendie. Des petits enfants tenus en laisse par de louches individus. Une femme portant toutou qui cherchait un ramasse-crottes. Un constructeur de pyramides qui faisait des plans sur la comète. Un toréador en habit sans taureau.

 

         Et elle.

 

Elle, m’enflammant les méninges, court-circuitant ma salle des machines. Quand elle fut seule, j’osai enfin m’approcher. Je lui proposai, tout courbé, une coupe de champagne. Le sourire qu’elle me décocha faillit m’envoyer dans les cordes du ring qu’ils avaient monté à la hâte. Puis un orchestre se mit à jouer un opéra de Bizet. Ne doutant de rien, je lui proposai de danser avec moi.

 

Et nous voilà lancés sur la piste, elle entre mes bras et moi, heureux comme un pape qui venait de pondre une bulle. Je sentis la belle fondre comme une madeleine. Je me perdis dans son odeur et ses parfums de musc ambré. J’étais aux anges, aux abonnés présents. A la fin de la danse, nous allâmes nous asseoir, mais nous convînmes tous deux que l’endroit était trop bruyant et trop fréquenté. Elle m’indiqua le balcon où nous allions pouvoir donner libre cours à nos émois.

 

Et là, immédiatement, je l’entretins de mon amour et de tous les possibles que j’envisageai avec elle. Elle me regardait toujours, mais son regard avait changé. Quelque chose de nouveau le traversait. C’est alors qu’elle se mit à me toucher du bout de son aile. L’air était léger, diaphane, pas un souffle de vent. Pourtant la cime des pins tremblaient. Et les érables pourpres. Et les chênes urcéolés. Et les trembles. Et les charmes. Et les charmes…

 

Je n’eus pas le temps de poser mes lèvres sur ses lèvres… dans un rire cristallin… elle s’envola.

 

Par norge - Publié dans : nouvelle
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