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Lundi 4 avril 2011 1 04 /04 /Avr /2011 10:36

 

04/04/11 12-

Phrase extraite d’une page :

         « Peu avant la publication, il fut très préoccupé à choisir minutieusement le type de caractère, la forme, la disposition des vers sur les pages et bien d’autres choses. »

 

         Le recueil de poésie fut enfin achevé. Le poète était très content de son œuvre. Il reçut une dizaine d’exemplaires dont il en posa un sur sa table de chevet. La nuit s’annonçait délicieuse comme une femme aux longs cheveux d’or à qui il aurait caressé le visage à la lueur de rais d’étoiles. Pendant tout le temps des opérations, son esprit s’était épuisé, il pensait donc désormais avoir trouvé le repos.

         Or, il arriva qu’en pleine nuit, le livre posé se sentit des fourmis dans les jambes. Il alla chercher les neuf autres de la maison et aile-dessus aile-dessous, ils firent une farandole, ouvrirent la porte de la maison, passèrent par-dessus les toits et allèrent chercher dans toutes les librairies, chez les journalistes, chez des particuliers acheteurs, tous les exemplaires du recueil. Ils ne furent rassasiés que lorsqu’ils eurent réuni les mille exemplaires du tirage original.

         Certains privilégiés eurent l’avantage de les voir voler en nuage dans le ciel constellé d’étoiles et ils pensèrent alors que c’était une congrégation de sorcières se promenant sur leur balai.

         Celui qui les conduisait, l’exemplaire de la table de nuit, leur fit faire mille tours et détours, contours et retours, ce qui leur constitua un merveilleux voyage qu’ils pourraient ensuite raconter à leurs futurs enfants. Ils rapportèrent des lambeaux de nuit, des morceaux d’écume puisés à la       mer, de la bave de nuage, quelques cristaux de neige, des brins d’herbe et même pour certains, des bribes de chants d’oiseaux et des grains de pollen, prisonniers entre leurs pages.

         Mille choses s’étaient agrippées dans les livres de poésie, ce qui les alourdit quelque peu et les obligea à se poser. Ils se posèrent dans la chambre du poète telle une nuée d’insectes s’abattant sur un champ de céréales. Lui, émergeant d’un sommeil profond, ne s’en rendit pas tout de suite compte, mais le bruit de leurs ailes devint si intense, qu’il se réveilla en sursaut. Il fit la lumière.

         Et…

         Ils étaient tous là, ceux qu’il appelait ses enfants, voletant dans la chambre, encombrant son lit et tout espace vital. Certains alunirent sur son corps, obstruèrent se narines et, bien vite, il eut du mal à respirer. Remarquons que les livres de poésie n’ont pas les mêmes préoccupations que les êtres humains, ils ne connaissent ni ses problèmes ni ses besoins. Ils continuèrent ainsi leur ronde endiablée, sans se préoccuper plus avant du poète.

         Le poète justement, manquait de plus en plus d’air. Il essaya de se lever pour aller ouvrir la fenêtre, peut-être s’envoleraient-ils alors et le laisseraient tranquille, mais il ne pouvait faire un pas avec ces mille livres uniquement préoccupés d’eux-mêmes, qui lui pesaient sur l’estomac. Il prit au hasard ceux qui passaient à sa portée et déchira les pages de rage bien compréhensible. Quelle erreur ! Les oiseaux devinrent papillons, se multiplièrent encore et encore et se dégagea bientôt une poussière qui envahit ses poumons.

         La femme de ménage le trouva au matin, allongé sur le lit défait. Elle ne vit pas tout de suite qu’il était mort. Car il y avait un livre de poésie ouvert en deux parties, posé à cheval sur son visage.

 

Par norge - Publié dans : nouvelle - Communauté : manuscrits en ligne (romans)
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Jeudi 31 mars 2011 4 31 /03 /Mars /2011 09:51

 

31/03/11 11-

Phrase extraite d’une page :

         « Allongé sur le dos, les bras le long du corps, yeux clos, Alonzo Marquès semblait dormir. »

 

         Alonzo Marquès semblait dormir, mais il ne dormait pas : il était dans le coma.

         Cette histoire a commencé il y a vingt ans de cela, sur cette route d’Andalousie, écrasée de soleil. Alonzo était au volant et il avait bien vu une voiture au loin, tout au bout de la ligne droite, mais après tout elle avait bien le droit d’emprunter cette voie aussi. Il n’aurait plus manqué que ça : garder les routes pour soi ! Ce fut au moment où la Fiat et la Cordoba se croisèrent que se produisit le crash.

         Sa dernière vision extérieure fut celle de cette colline, au fond à gauche, avec un petit village perché. Tous les habitants devaient vaquer à leurs occupations. Tous sauf… Isabelle Pardo.

         Isabelle Pardo se trouvait au volant de la voiture qui venait en face (la Cordoba) et quand ils se percutèrent, elle pensa à Manuel avec qui elle devait se marier dans les semaines qui suivaient. Sa dernière vision extérieure fut celle de son petit village perché sur la colline qu’elle regardait dans le rétroviseur.

         Les deux accidentés entendirent les voix des secours, les vociférations surtout, toute cette agitation d’où émergeaient des ordres et des injonctions, mais des conseils aussi. Une certaine tension montait devant les blessures extrêmes des automobilistes. Mais tout leur arrivait dans un épais brouillard qui leur cachait une bonne partie de la réalité. Ce n’est que longtemps après qu’ils partirent en voyage.

         Les deux comateux, appelons-les ainsi, se retrouvèrent dans un pays chaud sans horizon où les formes des gens et des choses étaient floues et sans consistance. Dès qu’ils s’approchaient, tout fuyait et ils avaient bien du mal à se forger une opinion. C’est dans ce pays aux frontières mal définies qu’ils se rencontrèrent. Ils n’avaient pas l’impression de s’être connus à un moment donné de leur vie et pourtant, ils n’étaient pas totalement inconnus l’un pour l’autre. Ils firent des efforts pour rassembler leurs souvenirs, mais même cela leur était douloureux. Pourtant, à un certain moment, il y eut des bribes qui remontèrent à la surface, surtout des bruits de tôles froissées.

-         N’étiez-vous pas un jour sur cette route d’Andalousie écrasée de soleil ?

-         N’arriviez-vous pas à proximité de ce petit village perché en haut d’une colline ?

-         Ne possédez-vous pas une Cordoba ?

-         Et vous, une Fiat ?

Ils durent en convenir : ils avaient tous les deux réchappé à ce terrible accident qui avait détruit leurs deux véhicules.

Mais à la question : où sommes-nous maintenant ? Ils n’avaient pas de réponse.

Ils se trouvaient en fait dans cet hôpital de Séville aux 450 chambres où le personnel les avait assistés pendant vingt ans, afin qu’ils poursuivent leur existence végétative. Ils ne le savaient pas exactement Isabella et Alonzo, mais ce qu’ils savaient en revanche, c’est que souvent, ils se retrouvaient sur ce banc, dans ce pays aux contours flous et ils partaient alors dans des conversations sans fin dont personne ne pouvait se douter de la teneur. Personne ne se doutait non plus qu’elles aient pu avoir lieu.

On peut même penser qu’à force de se voir, de se parler, était né entre eux ce qu’on pourrait appeler de l’amour. Isabella luttait contre ce sentiment : ne devait-elle pas se marier prochainement avec Manuel ? Alonzo, quant à lui, avait le cœur libre et il pressa tant la belle, qu’elle finit par lui tomber dans les bras.

Ils s’unirent et M. le maire participa à leur joie. Il faut dire qu’il n’avait pas tant d’occasions que cela dans ce petit village perché en haut de la colline, car il avait été enseveli par un tremblement de terre à l’automne dernier.

 

Par norge - Publié dans : nouvelle - Communauté : manuscrits en ligne (romans)
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Mardi 29 mars 2011 2 29 /03 /Mars /2011 12:16

 

29/03/11 10-

Phrase extraite d’une page :

         « On n’aperçoit aucune trace de vie humaine, aucun chemin, aucun sentier, aucune maison, aucune hutte. »

 

         Alors on croit que tout est désolé, car fors l’homme, il n’existe rien. Mais on se trompe. Regardez les mille petites bêtes de l’herbe qui crient et s’égaient, empruntant les labyrinthes d’une forêt vierge. Regardez la poudre du soleil qui farde le paysage. Regardez les oiseaux voler et batifoler, se posant parfois sur une branche frêle ou au faîte d’un arbre centenaire. Écoutez le vent qui fouette en courant sur son cheval lancé au galop. Et s’il n’y a plus rien à voir ni à entendre, il y a encore le ciel encombré de nuages ou bleu comme un ver, posé là, comme une toile d’artiste.

         Car un artiste se trouve ici, dans un coin, si petit qu’on ne l’a pas aperçu au premier abord. C’est un peintre tout ce qu’il y a de plus ordinaire, avec un corps drapé dans d’amples vêtements. Il chasse d’un geste discret, une mouche venue le taquiner. Il apprête ses pinceaux, mélange ses tubes. Sa palette est prête maintenant et il se prépare à exécuter son chef d’œuvre.

         Il dessine une maison, une maison ordinaire avec tous ses accessoires. Puis un sentier qui y mène, car il faut toujours arriver quelque part et pouvoir en repartir. Le sentier chemine vers une forêt où l’on entend le hibou si c’est la nuit. Si c’est le jour, il met un couple qui arrive dans la maison, tenant entre eux un enfant par la main. Ils essaient d’entrer dans l’habitation, mais ils ne possèdent pas la clef. C’est le peintre qui l’a en poche. Mais il ne sait pas encore s’il va la leur donner. Car on ne confie pas sa clef à des inconnus. Il faut qu’il dessine leur âme pour voir de quelle couleur elle est. Si elle est noire, il la leur refusera. Si elle est blanche…

         Supposons qu’elle soit blanche l’âme du couple et celle de l’enfant aussi. Alors, le peintre magnanime, extirpe la clef de sa poche et la leur tend. Ils se méfient un peu de ce cadeau tombé du ciel, car on ne sait jamais les intentions d’un inconnu.

         Ils finissent par accepter la clef, devant les trépignements de l’enfant, et franchissent le seuil. La maison est tristement vide. Mais à force de constance et d’inventivité, ils parviennent à meubler l’espace, à décorer les murs et même, au bout du compte, ils construisent un nid douillet. Ils vivent là des années de bonheur sans nuage.

         Mais voilà qu’un jour il pleut et tout s’efface. Oh ça commence tout doucement, puis les murs se lézardent, les pierres se dissolvent et tout s’effondre. Et ils se retrouvent nus, au milieu des gravats. L’enfant a froid et peur et pleure, alors il recherche les mains de ses parents. Mais ils ont disparu. Une sourde angoisse l’étreint, tandis qu’il regarde les bêtes de l’herbe et le soleil et les oiseaux et le ciel. Au bout d’un temps qui lui parut bien long, il se décida. Il avait trouvé la solution, la clef. Il se mit dans un coin où personne ne le voyait, prépara ses pinceaux, mélangea ses tubes de peinture. Il était satisfait de sa palette.

         Il se mit à peindre…

         Une maison, un sentier, des parents. Tout naquit sous ses doigts experts. Il allait de nouveau pouvoir être heureux.

 

Par norge - Publié dans : nouvelle - Communauté : manuscrits en ligne (romans)
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Jeudi 24 mars 2011 4 24 /03 /Mars /2011 10:34

 

24/03/11 9-

Phrase extraite d’une page :

         « Alice était en train de tatouer un petit scorpion sur le ventre d’une jeune personne. »

 

         Les tatouages étaient de plus en plus à la mode et la boutique d’Alice, qu’elle avait monté depuis quelques années déjà, tournait on ne peut mieux. Elle avait de nombreux clients qui venaient d’horizons divers et touchaient toutes les couches de la population. Mais celle-là, cette jeune personne, ventre nu, qui n’avait pas voulu dire son nom, était un peu bizarre. Elle ne lui avait donné que son prénom – Barbara- et avait simplement dit :

-         Je veux un scorpion.

Mais après tout, le client est roi et il n’a pas besoin de décliner son identité, du moment qu’il paye !

C’était une après-midi tranquille, comme on en voit souvent dans les petites villes de province. Un vent léger remuait les branches des arbres et donnait des formes étranges aux rayons du soleil. Le soleil, justement, était au zénith et la chaleur qu’il répandait était de bon augure, on doucement vers un été chaud et propice à tous les optimismes.

Barbara avait enlevé son tee-shirt et ses petits seins piriformes bougeaient au gré des gestes d’Alice. Celle-ci se demandait ce qu’elle pouvait bien avoir en tête, car elle se tenait immobile comme la pierre, mais elle n’eut pas à se poser la question trop longtemps. Car la tatoueuse finissait de dessiner la petite bête à la queue recourbée, que ladite Barbara s’étira, comme émergeant d’un long sommeil.

Alice n’eut le temps de rien, qu’elle vit descendre la jeune femme de la table d’opération et se mettre à ramper sur le sol de son officine. Et là, devant ses yeux ébahis, elle nota sa transformation en scorpion.

Elle essaya de la calmer… Barbara… Barbara… en remarquant que la bête était très agitée et qu’elle se déplaçait avec une rapidité déconcertante. Elle remarqua surtout que la bête la poursuivait. Alice dut faire une dizaine de fois le tour de la table, commençant à s’affoler sérieusement et manquant de souffle. Elle saisit une tapette à mouches et essaya d’en asséner des coups bien sentis au scorpion, mais il esquivait tout avec une grande agilité.

A un moment, Alice se trouva acculée contre un mur. Elle n’eut bientôt plus d’échappatoire possible. Elle regarda le scorpion Barbara qui avait dans les yeux comme des insultes. Puis une douleur l’irradia au pied, elle avait été piquée par l’aiguillon de l’arthropode et s’ensuivit une paralysie immédiate de tout le corps. Alice devint une statue qui ne pouvait assister qu’impuissante, à la suite des événements.

Le scorpion redevint Barbara et celle-ci accueillait les nouveaux clients avec un grand sourire. Sans qu’ils s’en rendent compte, elle leur tatouait l’arachnide sur une partie du corps et ceux-ci se transformaient dès le dessin terminé. Alice assista très longtemps à cette transmutation de l’humain en animal et en resta consternée pour le reste de sa vie.

Depuis ce jour, on trouva des scorpions partout, ailleurs que dans le désert et l’on s’aperçut qu’ils avaient envahi la Terre qui peut être si jolie

Par norge - Publié dans : nouvelle - Communauté : manuscrits en ligne (romans)
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Lundi 21 mars 2011 1 21 /03 /Mars /2011 10:24

 

21/03/11 8-

Phrase extraite d’une page :

         « En quelques séances, j’avais cerné sa peur : elle craignait surtout que je ne la remarque. »

 

         Et ça, Odette n’en voulait pour rien au monde. J’avais peu à peu appris son histoire de vie. A sa naissance, elle n’avait pas crié, ça non, ça aurait pu rameuter les populations. Elle s’était faite toute petite, plus encore que la moyenne, à 45 cm. Elle pensait qu’ainsi, personne n’aurait remarqué qu’elle était sortie dans le monde. Sauf sa mère, bien sûr, car il est très difficile de tromper une mère, mais elle ne voulait tellement pas d’Odette, qu’elle a détourné la tête et qu’elle a fait comme si ce petit bout n’était pas à elle.

         Sa petite enfance a continué sur le même registre, elle n’avait pas d’amis, elle jouait seule dans son coin, pour apprendre à vivre. Sa mère l’avait abandonnée et elle était ballottée de droite à gauche, dans des familles toutes aussi insipides les unes que les autres. Cela lui plaisait infiniment, dans la mesure où elle ne voulait s’attacher à personne.

         A l’adolescence, elle faisait tout pour s’enlaidir afin que les garçons ne la regardent pas. Elle ne sortait jamais et restait enfermée dans sa chambre et là, recluse, quasiment en position de fœtus, elle rêvait à des choses du néant, de la non-existence, ce qui lui allait très bien.

         On ne sait pas comment elle se retrouva dans ce groupe de parole. Quelle force l’avait-elle incitée ? Un jour, bien sûr, elle fut obligée de s’exprimer : on était là pour ça, mais elle le fit d’une voix tellement fluette et étouffée, que personne ne saisit le sens de ses paroles.

         Moi, l’animateur, je fus contraint de lui demander de hausser le ton, mais ce fut inutile, elle paniquait, bégayait comme si rien ne pouvait sortir d’elle. Alors je lui ai demandé qu’elle reste après la séance, je l’ai fait s’asseoir en face de moi et je lui ai dit :

-                     Odette, tu vas m’écouter, tu es belle comme le jour, tous les hommes ici sont secrètement amoureux de toi et les femmes te jalousent, alors il faut que tu t’exprimes, que tu fasses entendre le son de ta voix. Il est dommageable qu’une merveille comme toi reste muette à s’isoler dans les coins sombres. Comprends-tu Odette ? Je la secouai, énervé par tant de potentiel gâché.

Elle se mit à sangloter, puis à pleurer intensément. Je la       pris dans mes bras où elle se blottit, animal blessé. Elle exhalait des senteurs. Son corps chaud irradiait le mien. Ses larmes sucrées salées se mélangèrent aux miennes que je n’avais pu retenir.

Je compris ce qu’elle exprimait à travers ses sanglots :

-                     Je veux qu’on me laisse tranquille, je ne veux pas qu’on me remarque, je veux qu’on fasse comme si je n’existais pas.

Et puis, tout devint très distinct, elle disait, maintenant de façon assurée :

-         Je ne suis pas de ce monde, je ne fais pas partie de votre espèce, j’habite ailleurs dans des contrées qui vous resteront inconnues.

Et il se passa un phénomène étrange, Odette disparut complètement, aspirée, évaporée, dissoute.

Je restai là, stupide, enserrant de l’air contre mon cœur. Elle était partie dans son ailleurs où elle devait se sentir bien et bien se sentir.

Je ne la revis jamais.

 

Par norge - Publié dans : nouvelle - Communauté : manuscrits en ligne (romans)
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Jeudi 17 mars 2011 4 17 /03 /Mars /2011 10:19

17/03/11 7-

Phrase extraite d’une page :

         « Etant femme, femelle et féminine au point que tu vas voir, elle méritait d’être appelée ainsi : Eve. »

 

         C’était au temps où les centrales nucléaires avaient toutes explosé sur la Terre. C’était au temps où des tremblements de terre dévastateur avaient fleuri comme colchiques dans les prés. C’était au temps où des tsunamis gigantesques avaient envahi toute étendue habitable. C’était au temps où il ne restait plus personne à la surface du globe.

         Quand on dit qu’il ne restait plus personne, on se trompe, en fait il y avait trois rescapés : deux hommes et une femme. Les hommes se prénommaient : Maurice et Désiré, la femme : Eve.

         Ceux-ci avaient trouvé refuge au plus haut de la plus haute montagne et ils remerciaient le ciel de les avoir épargnés. Les premiers temps leur furent assez difficiles, dans la mesure où ils avaient perdu leur famille et ils les pleurèrent longtemps. Mais le temps passa et amoindrit la douleur.

         Eve était une superbe trentenaire aux cheveux blonds bouclés et au corps bien proportionné. Maurice et Désiré n’étaient que des hommes avec leur physique banal et leur tempérament machiste. Un soir ils se réunirent et les deux hommes affirmèrent qu’il était temps de repeupler.

         Eve comprit très vite ce qu’ils attendaient d’elle. Mais elle avait connu des expériences tellement malheureuses avec des mâles de tout poil, qu’elle se refusait à toute relation physique avec ces… énergumènes.

-                     On ne te demande pas de choisir, dit Maurice, « on te dit de faire l’amour avec nous deux, chacun à notre tour… »

-                     On ne te demande pas de nous aimer, reprit Désiré, « on te demande de nous faire de bons et sains enfants. »

Mais elle ne l’entendait pas de cette oreille, la perspective d’une telle union, la répugnait au plus haut point. Les mâles eurent beau lui faire une cour effrénée, rien n’y fit, elle ne voulait pas écouter leurs imprécations. Maurice et désiré décidèrent alors de la forcer.

-         Elle ne va tout de même pas faire la difficile !

-                     Tu as raison, nous ne sommes pas des monstres, nous sommes contraints par elle d’agir ainsi.

Ils se mirent alors à lui courir après à travers la montagne et Eve eut bien du mal à repousser leurs assauts. Il se trouva qu’à un moment, elle fut acculée au pied d’une paroi qui n’offrait aucune issue.

Eve regarda passer une lueur lubrique dans leurs yeux exorbités. Elle sentit leur souffle court, tandis qu’ils s’approchaient d’elle dangereusement. Imaginer leurs sales mains sur son corps, lui donna la nausée.

C’est au moment où ils l’agrippaient de tous leurs sens mauvais, parvenus à la dévêtir à moitié, que j’intervins, moi : le serpent.

Moi aussi, j’étais rescapé du big crunch et je décidai d’intervenir. Mes crocs sont redoutables et mon venin des plus efficaces. Je ne fis qu’une bouchée de ces deux hommes avides qui ne reculaient devant rien pour assouvir leurs plus bas instincts.

Quand j’eus opéré, Eve me regarda avec les yeux de l’amour. Elle se laissa aller à mes caresses et murmura des mots doux à l’oreille de son sauveur. Nous espérons tous les deux nous marier dans les plus brefs délais et concevoir de nombreux et beaux enfants qui repeupleront la Terre qui peut être si jolie.

Par norge - Publié dans : nouvelle - Communauté : manuscrits en ligne (romans)
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Lundi 14 mars 2011 1 14 /03 /Mars /2011 11:51

14/03/11 6-

Phrase extraite d’une page :

         « Sur le chemin du retour, j’étudiai soigneusement la route pour pouvoir revenir, en cas de besoin, même la nuit. »

 

         C’était la première fois que je me rendais dans cette ville. J’avais une dizaine de clients à visiter. La vie d’un commercial est de plus en plus difficile, c’est devenu une sorte de chasseur de primes. Mon boss me l’a indiqué clairement : « C’est ta dernière chance, si tu n’atteins pas tes objectifs ce mois-ci, je te vire ! »

         Un dur de dure mon boss. Il faut dire que je commence à vieillir et que je perds en efficience, je suis sur la deuxième pente, tout près de la retraite. J’ai les réflexes moins aiguisés, je suis plus long à la détente, « moins percutant », c’est l’expression du boss. Il en a de bonnes ! Comme si on pouvait être et avoir été. Cela fait une vingtaine d’années que je travaille pour lui et j’approche de mon seuil d’incompétence.

         La route que j’ai empruntée, j’en fixe les moindres détails, car il me faudra revenir et la vieillesse nous joue bien des tours. La route serpente entre de hautes gorges, la végétation est composée essentiellement de résineux, j’ai aperçu un aigle au loin, dans le ciel chaotique. Quand je dis que la route serpente, c’est un euphémisme, elle ne comporte que des lacets et ma concentration doit être plus qu’intense. Je dois faire attention à tout moment pour amener ma caisse à bon port et sans encombres. Ma caisse aussi commence à vieillir, c’est une Mercedes E 250 qui a perdu de sa superbe, entachée de rouille et d’accrocs. Elle a plus de 300.000 kms. Ah nous en avons bouffé ensemble de l’asphalte !

         Mais j’y suis arrivé. Nous y sommes arrivés. J’arrive devant une ville somnolente, loin de l’agitation, au cœur des montagnes. Sans âme particulière, mais pour ce que j’ai à y faire…

         Je suis descendu dans un hôtel sans âme également, j’y ai passé une bonne nuit malgré tout. Et voilà que la deuxième arrive, il me faut repartir. Le boss supporte de moins en moins les notes de frais. Les clients que j’ai rencontrés ont, pour la plupart, été retors, il y a la crise… je ne pense pas que nous fassions affaire. Mon boss va encore piquer sa crise. Il va me prouver par A + B que je suis bon pour la casse. Comme la Mercedes. Il y a un temps pour tout. Je dois me faire à cette idée. Mais j’ai en point de mire une retraite bien méritée. Je vais la passer avec Rozanne. Nous ferons tout ce que nous n’avons pas eu le temps de faire. Nous nous occuperons de nos trois petits-enfants. Des chenapans tellement chers à nos cœurs !

         C’est à eux que je pense en redescendant de la montagne. Dans l’autre sens, il me semble que les lacets sont encore plus durs à négocier.

         Et soudain…

         Le trou noir.

         Je ne reconnais plus rien. Cette route me devaient totalement étrangère, comme si je ne l’avais jamais empruntée. Où son passées les résineux, les rochers, les falaises élevées ? Et l’aigle ? Rien de ce que j’ai vu en venant ne m’apparait, c’est comme si mon cerveau avait été raboté, que la montagne serait devenue plaine.

         Le ruban d’asphalte me semble interminable. Cette torture ne finira donc jamais ? J’aperçois enfin une lumière au bout du tunnel. Quelque chose d’éblouissant qui me rend quasiment aveugle.

         Mais ce n’est pas possible ! Non… Je rêve. Je vais m’éveiller. Et ce gus, là, devant moi, posé comme une potiche, qui affirme bêtement :

         « Tu y es bonhomme, tu es au Paradis. »

-         Mais je… Je ne comprends pas… Que m’est-il arrivé ?...

« L’accident bête. Beaucoup s’y laissent prendre. C’est un virage très dangereux. Mais tu sais ce que c’est, on attend qu’il y a des centaines de morts pour le raboter. »

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Jeudi 10 mars 2011 4 10 /03 /Mars /2011 11:03

10/03/11 5-

Phrase extraite d’une page :

         « Dès la fin du mois de septembre, des nuées d’ouvriers sont au travail, on remblaie, on renforce, on bâtit. »

 

         La ville idéale sort peu à peu de terre. Les murs montent, la sueur suinte et les salaires se distribuent à coup de pioche. Morgan se tue à la tâche. On lui a parlé de ce lieu qui doit devenir une référence dans le monde entier. Il travaille ainsi d’arrache-pied pour le bénéfice de cette société de femmes, d’hommes et d’enfants triés sur le volet, qui doivent y trouver l’extrême bonheur. Chacun est fier d’apporter sa pierre à l’édifice.

         Il a abandonné sa famille pour l’instant, elle est restée dans ce petit village imparfait bien sûr, mais qui déjà lui a apporté tant de joies et de satisfactions.

         On lui a affirmé qu’il pourrait les faire venir plus tard. « Le bonheur se trouve dans cette ville, à portée de main, quand vous l’aurez touché du doigt, tout retour à autre chose sera impossible. »

         Il y a cru de toutes ses forces. Pourtant, certains faits sont venus tempérer cette tentante promesse. Tout d’abord, chacun a dû travailler vingt heures par jour, avec peu de nourritures et de boissons… passe encore. Les encadrants se sont montrés de plus en plus impatients et de plus en plus cruels. Les ordres se sont transformés insidieusement en injonctions comminatoires… passe toujours. Les coups de fouet qui leur ont succédé avaient quelque chose d’intolérable.

         Morgan a essayé de sonner un début de révolte, mais il y eut de nouvelles promesses, notamment des quantités astronomiques d’argent et de bonheur promis et chacun a regardé son propre intérêt. Tout est retombé comme un soufflé.

         Bien sûr des mesures de rétorsion suivirent, les brimades, les remarques vexatoires, fleurirent dans la bouche de ceux qui devinrent explicitement de véritables tortionnaires. Et le fin du fin, fut quand on leur fit construire un château – mieux une forteresse – en l’honneur de celui qui leur avait promis monts et merveilles. Il s’y retrancha avec sa garde rapprochée, son personnel stylé et personne n’eut plus de ses nouvelles. Mais on sait bien qu’il est toujours là à fixer les lignes directrices et à exiger des demandes plus insupportables les unes que les autres.

         Tout ça passe encore. Mais là où ça ne passe plus du tout, ce fut à la fin du chantier. Tous les ouvriers sans exception furent assignés à résidence dans les logements qu’ils avaient construits. Il leur était interdit de faire ne serait-ce qu’un pas dans la rue, sinon les armes parleraient. Morgan a vu plusieurs de ses collègues, certains amis aussi, abattus comme des chiens sur les trottoirs.

         Il regarde souvent par la fenêtre et il envie les oiseaux qui sillonnent le ciel sans nuages. Il pense souvent à sa famille et à son petit village. Oh celui-ci ne paie pas de mine, mais au moins il laisse ses habitants libres d’aller et venir, il n’impose rien, ne demande rien en contrepartie. Chacun a l’impression d’exister pour ce qu’il est, sans être jugé, sans obligations d’aucune sorte. D’ailleurs, il a été mis en exergue une banderole au fronton de la mairie :

Liberté, égalité, fraternité.

         Et chacun jouit de ces trois mots.

         Morgan, emprisonné, regrettera jusqu’à la fin de ses jours, son village idéal.

Par norge - Publié dans : nouvelle - Communauté : manuscrits en ligne (romans)
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Lundi 7 mars 2011 1 07 /03 /Mars /2011 14:01

07/03/11 4-

Phrase extraite d’une page :

         « Au milieu de la nuit, je me suis réveillé parce qu’elle était assise dans le lit, paniquée, le souffle court. »

 

         Je lui ai demandé ce qu’elle avait, elle n’a pas mis longtemps à me répondre.

-         J’ai tué quelqu’un.

-         T’inquiète pas, ce n’était qu’un mauvais rêve.

-         Il s’agissait de mon fils.

-         Un rêve, j’te dis et on en fait tous et des plus fous.

Je lui ai expliqué que, pendant la nuit, l’inconscient travaille et qu’il ne connait aucun tabou, il est prêt à toutes les perversions et les actes pendables. Dans la journée, on a des garde-fous, des morales à toute épreuve, qui nous empêche de penser et de commettre.

Ca l’a un peu rassuré, mais elle en tremblait encore rétrospectivement.

-         Tout de même, il faut que j’aille voir, je ne peux réveiller la baby-sitter.

Elle a tellement insisté que j’ai décidé de l’accompagner. Elle n’habitait pas très loin, à quelques kilomètres seulement. Dans la voiture, elle n’arrêtait pas de pleurer.

-         On va dissiper tout ça, ces visions de cauchemar. Tu vas retrouver ton bambin endormi dans ses beaux rêves.

Elle ouvrit avec sa clef qu’elle extirpa précipitamment de son sac-poubelle. Et là, vision d’horreur : la baby-sitter tenait un couteau à la main  et Victor, son fils, gisait dans une mare de sang.

Je n’ai pas pu lui sortir ma théorie sur les rêves, elle était incapable de l’entendre : ils ne peuvent être prémonitoires et ne se fabriquent que du passé. Ca lui aurait fait une belle paire de jambes ! C’est, entre parenthèses, ce qu’avait la meurtrière, je les ai bien vues, car elle portait une mini-jupe. J’ai appelé la police et ils l’ont arrêtée.

Marina ne pouvait détacher ses yeux du corps de Victor. C’était pathétique de voir cette femme affalée qui ne voulait pas le lâcher. Une policière l’a gentiment relevée avec les mots qu’il faut. Elle avait dû faire psycho.

Il y avait tellement d’agitation, que je l’ai prise dans mes bras et je l’ai entraînée dans la cuisine. Elle était inconsolable et sanglotait.

-         C’est moi qui ai tué mon fils. J’ai tué Victor.

-         La baby-sitter tenait un couteau.

-         Oui, mais c’est moi qui en ai eu l’idée et si elle ne m’avait pas devancé, j’aurais commis cet acte irréparable. Je l’ai tué en rêve et c’est encore pire que dans la réalité.

-         Je te l’ai dit, tu n’es responsable en rien… Les rêves ne veulent rien dire.

Mais elle n’en démordait pas. J’eus toutes les peines du monde à la calmer. Tout cela dura des éternités de temps. Jusqu’à ce qu’au milieu de la nuit, je me suis réveillé, parce qu’elle était assise dans le lit, paniquée, le souffle court.

-         Ne t’inquiète pas, lui ai-je dit en la prenant dans mes bras, « ce n’était qu’un rêve, ton fils n’est pas mort, la baby-sitter ne l’a pas tué. »

-         Comment tu sais ça toi ?

-         Parce que j’y étais dans ton rêve et ce n’était qu’un rêve.

-         Et tu y es entré sans me demander mon avis ?

-         C’était pour t’aider.

-         Je n’avais pas besoin d’aide.

-         Mais si… Ton fils…

-         Je n’ai jamais eu d’enfant.

Cela m’a donné à réfléchir ; premièrement on ne doit pas entrer dans les rêves des autres ; deuxièmement ma théorie est juste : les rêves ne sont jamais prémonitoires.

Mais je suis quand même allé voir, par précaution, dans la chambre de Mathéo. Il dormait à poings fermés.

Par norge - Publié dans : nouvelle - Communauté : manuscrits en ligne (romans)
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Jeudi 3 mars 2011 4 03 /03 /Mars /2011 11:40

03/03/11 3-

Phrase extraite d’une page :

         « Je ne puis me remettre encore de l’étrange soirée que nous avons passée hier : que de bonheur et d’amertume ensemble dans ce souvenir. »

 

         Lélia et Sandor avaient projeté cette soirée depuis longtemps. Ils avaient tant rêvé de cette promenade au clair de lune, sur le lac, dans une barque décorée de fleurs ! Cette échéance avait occupé leurs pensées de l’aube à la fin du jour.

         Et ce soir tant attendu arriva.

         Une lune blafarde éclairait les alentours du lac d’une lueur magique, mais aussi angoissante. Ils s’étaient serrés dans les bras avant de monter dans l’embarcation. Les coups de rame qu’avait donnés Sandor, multipliés par l’écho, résonnèrent longtemps sur l’onde.

         Tout était silence de maigres clapotis, et les amoureux étaient heureux. Ils échangèrent peu de mots, tant leur cœur débordait de bonheur. Ils ne se firent qu’une promesse : multiplier ces rares instants autant de fois qu’il serait possible.

         Ils étaient à peu près au milieu de la nappe, quand une main, puis un bras, puis un corps, surgit des profondeurs liquides. Il s’agissait d’une femme aux contours flous. Elle se mit à marcher sur l’eau sans les regarder tout d’abord, leur offrant un dos constellé d’algues. Un rayon de lune se reflétait sur son corps. Puis elle fit demi-tour et s’approcha de la barque. Elle avait un visage d’ange et des yeux qui invitaient. Les amoureux étaient restés parfaitement muets devant l’apparition. Celle-ci se mit à parler d’une voix souterraine :

-                     Il faut que vous me sauviez. Il y a bien longtemps, quelqu’un m’a enlevée et m’a entraînée à sa suite dans les profondeurs où était son château. J’ai vécu des lustres prisonnière de ce bourreau.

Il fut difficile à Lélia et Sandor de trouver des mots, mais ils y parvinrent en conjuguant leurs efforts.

-                     Que pouvons-nous faire pour vous aider ? Demanda Sandor d’une voix inquiète, tandis que Lélia complétait :

-                     Vous pourriez peut-être monter avec nous sur la barque et nous vous conduirions sur la terre ferme.

La femme ne répondit pas tout de suite, elle tourna sur elle-même et finit par dire :

-                     Pour me sauver, il faudrait que VOUS (elle désigna Lélia) preniez ma place  auprès de lui, c’est à ce prix qu’il pourrait me libérer.

Le couple se pâmait tellement d’amour, que c’était, bien sûr, inenvisageable. La femme du lac comprit que ce qu’elle leur demandait était impossible. Elle fit un nouveau tour sur elle-même, regarda vers la cime des arbres, releva ses longs cheveux roux et disparut dans les abysses. Lélia et Sandor regardèrent longtemps les ronds que sa descente sous-marine avait dessinés. Jusqu’à ce qu’ils s’amenuisent et disparaissent totalement.

Revenus sur terre, ils prévinrent les secours. Il fut décidé de vider le lac. On le vida. Une fois qu’il fut asséché, les recherches commencèrent, mais on ne trouva jamais trace  d’un château, ni d’un tortionnaire, ni d’une femme aux longs cheveux roux.

Lélia et Sandor vécurent ainsi jusqu’à leur mort, avec le remords de n’être pas intervenus. Ils avaient lâchement abandonné quelqu’un à son triste sort. On passe souvent, pour notre malheur, auprès des possibilités qui nous sont offertes et l’on regrette amèrement de ne pas les avoir saisies.

Par norge - Publié dans : nouvelle - Communauté : manuscrits en ligne (romans)
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