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Jeudi 9 février 2012 4 09 /02 /Fév /2012 15:23

 

09/02/2012 72-

« Elle le pria d’éteindre la lumière avant de s’en aller, il referma lui-même les rideaux du lit et partit. »

 

La vielle dame était fatiguée. Elle vit partir son fils avec un soulagement évident. Même s’il lui avait toujours été d’un grand secours, même s’il avait beaucoup supporté d’elle. Il avait supporté la vue de son corps qui déclinait à vue d’œil et qui se désagrégeait de jour en jour. Il lui était davantage difficile de faire subir que de subir.

 

Elle avait eu une belle vie avec des sourires et des chansons, elle avait fait quatre beaux mariages qui lui avaient apporté à chaque fois des choses différentes, mais la plupart du temps agréables. Et puis, cerise sur le gâteau, elle avait eu ce fils magnifique et aimant au-delà du possible. Que souhaiter de plus ? Tout était parfait. Tout était dit.

 

Elle rappela les cinq minutes précédentes. Elle avait prié Ange d’éteindre la lumière avant de s’en aller, il avait refermé les rideaux du lit et il était parti. Il avait sans doute rejoint Mathilda qui l’attendait avec impatience, la maudissant sans doute de lui avoir volé de précieux moments.

 

La vieille dame avait mis toutes ses affaires en ordre. Elle avait légué tous ses biens à ce fils aimé, elle n’avait plus personne d’autre, étant veuve de son dernier mari.

 

Elle s’endormit.

 

Un rêve la prit entre ses bras. C’était Ange qui revenait avec Mathilda au coin de ses yeux. Mais il avait un regard étrange. Elle ne le reconnaissait plus. On lui avait changé. Il ouvrit le rideau du lit. Elle ne le remarqua pas tout de suite.

 

Elle ne remarque pas le couteau qu’il cache dans un bouquet de fleurs. C’est un fils aimant. Il va les lui offrir. Elle l’entend déjà lui dire :

 

         - Pour toi, ces roses.

 

Mais non, il ne dit rien, la lueur dans ses yeux est devenue très dure, froide comme la lame de ce couteau qu’il cache toujours dans le bouquet de fleurs. Elle fait semblant de dormir. Il s’approche de son visage pour voir si elle dort vraiment. Elle sent son haleine de fils aimant. Il ne veut pas la regarder dans les yeux. Il y verrait un fils qui tue sa mère.

 

D’ailleurs il la tue. Il lui plante la lame en plein cœur. La vieille dame se dit : « quel amour de la part de ce fils. Il m’a « donné » la mort en cadeau. Il me l’a offerte, alors qu’il tenait tant à moi. Quelle abnégation ! Il n’a pas supporté de me voir souffrir, d’être témoin de la déchéance de sa mère. Un torrent d’amour coule dans ses veines… »

 

C’est ce que se dit la vieille dame avant de mourir, tandis qu’Ange et Mathilda mesurent… l’étendue des biens. Ils ont trop longtemps attendu et elle qui ne mourait pas. Il faut bien de temps en temps donner un coup de pouce au destin.

 

Par norge - Publié dans : nouvelle
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