Partager l'article ! Emoi et toi de Patrick SIMON: 14/12/2011 65- « Une femme venait de prendre tout mon espace visuel, toute ma ...
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14/12/2011 65-
« Une femme venait de prendre tout mon espace visuel, toute ma concentration d’esprit. »
Une femme venait de prendre tout mon espace visuel, toute ma concentration d’esprit. J’étais en elle, plein d’elle, pris par son ampleur, sa beauté, son effervescence, son entregent. En deux mots : j’étais hypnotisé, subjugué. Et elle, ne se doutant de rien, allait et venait, aérienne, dans l’aréopage des invités.
Elle éclipsait tous les membres de la réception donnée par les édiles de la ville. Il y avait là un militaire de carrière roide dans ses bottes qui aboyait des ordres au personnel. Des femmes fatales jouant les entremetteuses. Un saucisson volant. Une épave de bateau. Un avocat qui plaidait sa cause auprès d’une veuve toute de noir vêtue. Un révolutionnaire égaré qui cachait une bombe sous une redingote du plus mauvais goût. Un président de la république avachi sur un sofa qui discourait à un échantillon de personnes influentes. Un bourreau. Un sapeur pompier qui essayait d’éteindre un début d’incendie. Des petits enfants tenus en laisse par de louches individus. Une femme portant toutou qui cherchait un ramasse-crottes. Un constructeur de pyramides qui faisait des plans sur la comète. Un toréador en habit sans taureau.
Et elle.
Elle, m’enflammant les méninges, court-circuitant ma salle des machines. Quand elle fut seule, j’osai enfin m’approcher. Je lui proposai, tout courbé, une coupe de champagne. Le sourire qu’elle me décocha faillit m’envoyer dans les cordes du ring qu’ils avaient monté à la hâte. Puis un orchestre se mit à jouer un opéra de Bizet. Ne doutant de rien, je lui proposai de danser avec moi.
Et nous voilà lancés sur la piste, elle entre mes bras et moi, heureux comme un pape qui venait de pondre une bulle. Je sentis la belle fondre comme une madeleine. Je me perdis dans son odeur et ses parfums de musc ambré. J’étais aux anges, aux abonnés présents. A la fin de la danse, nous allâmes nous asseoir, mais nous convînmes tous deux que l’endroit était trop bruyant et trop fréquenté. Elle m’indiqua le balcon où nous allions pouvoir donner libre cours à nos émois.
Et là, immédiatement, je l’entretins de mon amour et de tous les possibles que j’envisageai avec elle. Elle me regardait toujours, mais son regard avait changé. Quelque chose de nouveau le traversait. C’est alors qu’elle se mit à me toucher du bout de son aile. L’air était léger, diaphane, pas un souffle de vent. Pourtant la cime des pins tremblaient. Et les érables pourpres. Et les chênes urcéolés. Et les trembles. Et les charmes. Et les charmes…
Je n’eus pas le temps de poser mes lèvres sur ses lèvres… dans un rire cristallin… elle s’envola.