Partager l'article ! Je vous écris d’Italie de Michel DEON: 26/01/2012 70- « Petite sœur, je suis dans la place. » &nb ...
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26/01/2012 70-
« Petite sœur, je suis dans la place. »
Anne, petite sœur, je suis dans la place et je progresse à petits pas, tant les lieux me paraissent lugubres et à tout le moins austères. Tu as bien fait de quitter ton poste d’observation du donjon et t’être replié dans la forêt. J’en aurais fait de même, si notre sœur Bernadette ne me semblait pas en danger. Bon, je te décris ce que je vois. Le château est pareil à ce qu’il était quand tu l’as quitté. Il s’agit d’un sinistre château-fort qui garde bien des secrets. Je n’ai pas encore aperçu l’hôte des lieux, mais s’il est tel que tu me l’as décrit, on peut se faire du souci quant au sort réservé à Bernadette.
Jean errait dans un véritable labyrinthe composé de couloirs et d’escaliers qui menaient à différentes vastes pièces. Sa sœur Anne l’avait prévenu, mais il s’était fait une toute autre idée de l’endroit. Il entendit des voix, c’étaient des gardes qui discutaient autour d’une carafe de vin. Il avait entendu le tintement des timbales. Il s’éloigna donc de cet endroit dangereux. Il progressait lentement de crainte de tomber dans une cave ou dans un trou qui pouvait mener à des oubliettes.
Pour l’instant, il n’avait trouvé aucune trace de ces femmes dont Anne lui avait décrit le calvaire et qui avaient été tuées par l’abominable Barbe-Bleue dont l’évocation du seul patronyme engendrait la peur et l’effroi dans tout le royaume. Bien sûr, personne n’était venu y mettre le nez, ni les a autorités, encore moins le roi ou ses représentants, de peur des représailles qu’on présentait comme terribles.
Il parvint dans une pièce sobre, aux murs couverts en partie de salpêtre et suintant d’humidité. Et au fond, se trouvait un immense placard avec différentes portes. Il ouvrit la première et fut saisi d’effroi. Se trouvait là accroché à une sorte de cintre, le cadavre pâme et froid d’une belle jeune fille à peine pubère. Les autres portes lui livrèrent le même spectacle de désolation. Il compta une bonne vingtaine de victimes, toutes plus grimaçantes dans la mort les unes que les autres. Le sang de Jean s’était glacé depuis longtemps et il serra sa dague qu’il portait dans un étui à son flanc. Il allait mettre fin aux agissements de ce fieffé criminel qui prenait la vie de jeunes filles à la fleur de l’âge, certaines n’étant même encore qu’en bouton.
Ses pas s’accélérèrent et résonnèrent sur les dalles de pierre qui constituaient l’essentiel du sol du château. Ce fut alors qu’il entendit des plaintes, de petits cris d’un animal qu’on égorgeait. En s’approchant, il s’perçut que ce n’était pas d’un animal qu’il s’agissait, mais d’une jeune femme aux longs cheveux blonds. Celle-ci était attachée à un instrument de torture et ses traits grimaçants exprimaient tout l’horreur des tortures qu’on lui infligeait.
« J’assiste à une scène bouleversante », murmura Jean à Anne qui attendait, haletante, au bout du téléphone portable. Puis il y eut un grand silence. Il ferma son téléphone, car il ne pouvait en décrire davantage à sa sœur Anne. En effet, quelle ne fut pas sa stupéfaction de constater que c’était Bernadette qui officiait.
- Tiens, prends cela encore et encore, tu l’as bien mérité petite polissonne. Allez barbiche bleue, montre-lui que t’es un homme, tu vois pas que cette enfant a envie de connaître tous les plaisirs de la chair !
Mais le dénommé Barbe-Bleue trouvait qu’on était allé trop loin et il n’avait plus envie de violer et de tuer d’aucune façon. Bernadette le regarda avec mépris, l’admiration qu’elle avait éprouvée au début de leur rencontre, avait cédé la place à une profonde déception.
Jean ne savait pas par lequel commencer, tant son écœurement était profond. Ce fut donc presque instinctivement qu’il se rua sur Barbe-Bleue et lui planta sa dague en plein cœur. Bernadette essaya de fuir, mais il la rattrapa par les cheveux et lui trancha la gorge. Puis, il rappela sa sœur Anne et dit simplement, après avoir délié la jeune femme qui le couvrit de baisers reconnaissants :
« Tout est en ordre maintenant… Il n’y a plus rien à craindre. »