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Jeudi 16 février 2012 4 16 /02 /Fév /2012 12:09

 

16/02/2012 73-

« J’avais le sentiment d’être une spécialiste glaciale, insensible aux malheurs des autres. »

 

Moi, Crysalid Porter, je suis thanatopracteur, c’est-à-dire : j’embaume, je sublime les corps morts, je leur redonne vie. J’enjolive les cadavres.

 

Laissez-moi vous conter ceci. Une aventure qui m’est arrivée.

 

On m’avait amené un corps : Jenny Lacourse, 20 ans. La jeune femme avait été violée, torturée, tuée. Elle était passée entre les mains du médecin légiste et l’on sait bien quel sort il réserve à leurs « victimes ».

 

J’eus un premier pincement au cœur quand je vis que cette jeune femme ressemblait trait pour trait à ma fille Mathilda, elle avait aussi le même âge qu’elle. Je l’imaginai aux mains de son ou de ses assassins et je ressentis une profonde révolte, d’autant plus accentuée qu’il aurait pu s’agir de ma fille. Enlevez vos sales pattes de cette fille en fleur ! Je criai évidemment dans le vide.

 

Tout affolée, J’appelai Mathilda sur son portable et j’eus un deuxième pincement au cœur. Elle ne répondit pas à mes appels réitérés. Une sourde panique s’empara de moi. Je vérifiai fébrilement les papiers d’identité et le dossier de Jenny Lacourse. Celle-ci était orpheline et il n’était fait mention de son passé que cette dernière année où elle était étudiante en lettres dans une université parisienne. C’est dans cet établissement que ma fille faisait ses études.

 

Elle continua de rester sourde à mes appels. Mon estomac s’était bloqué, mes sens ne répondaient plus, mon cœur avait presque cessé de battre, mais je continuai malgré tout à m’occuper de Jenny. Je lui composai un beau visage, maquillai tant bien que mal ses traits torturés et je réussis, je dois dire sans me vanter, à lui donner une douce expression et je lui dessinai même un sourire qui pouvait s’apparenter à celui de la Joconde. Prise dans ces actes professionnels, je me détendis quelque peu et je me dis que Jenny n’avait pas à pâtir de mes interrogations concernant le fruit de mes entrailles. Ce n’était pas son problème, elle en avait bien d’autres ! La probabilité que je m’occupe du corps de Mathilda était infime.

 

J’eus cependant mon troisième pincement au cœur quand je la retournai. Au bas des reins de jenny était tatouée une araignée qui enserrait ses fesses. Mathilda avait le même. Mathilda avait le même ! Quand je lui avais demandé sa signification, elle était restée évasive. « Je trouve ça beau », m’avait-elle seulement répondu. Je déteste les tatouages et je la gourmandai gentiment en lui disant qu’elle serait marquée à vie. Mais elle resta sur ses positions et me tint tête jusqu’à ce je me fasse une raison. Cette fois, il ne pouvait y avoir coïncidence, il ne planait plus aucun doute : je m’occupai du cadavre de ma fille.       

Je m’occupai du cadavre de ma fille ! Les dieux m’avaient envoyé une épreuve inhumaine, me punissant sans doute de quelque mauvaise action que j’avais dû commettre sans m’en rendre compte. J’appelais une de mes relations avec qui  j’avais travaillé de temps en temps : le commissaire Bornave.

 

         Il m’expliqua toute l’affaire et cette fois, je n’eus pas un quatrième pincement au cœur, car je n’en avais plus, il m’avait lâché devant l’horreur qu’il me servit.

 

         « Jenny Lacourse menait une double vie, en réalité elle s’appelle Mathilda Porter… le même patronyme que vous, il me semble (je ne pus rien articuler). Cette jeune femme a eu un destin particulièrement tragique. Figurez-vous que son assassin (il nous l’a avoué au cours de l’interrogatoire) déteste les araignées, il en a même une phobie maladive. Les deux jeunes gens venaient de se rencontrer et au cours de leur première expérience sexuelle, quand il a vu le tatouage sur les fesses de Jenny/Mathilda, il a perdu les pédales. Il a mélangé son combat contre l’arachnide en le transférant avec celui de la jeune femme. »

 

         Il me donna alors des détails mortifères que je préfère garder pour moi. Puis il partit, me laissant seule avec ma douleur et avec la dépouille de… Mathilda. Qui pourra me dire si je m’en remettrai un jour ?

 

Par norge - Publié dans : nouvelle
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