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Jeudi 24 mai 2012 4 24 /05 /Mai /2012 09:42

 

24/05/2012 86-

« Son Jaz marquait minuit vingt. »

 

Minuit vingt.

 

Il y tenait à son réveil, ce marqueur du temps qui ne lui avait jamais fait faux bond. Jean l’aimait tellement, que cela avait fait fuir toutes les femmes de rencontre. On lui reprochait de le préférer à elles. Elles ne supportaient pas son tic-tac assourdissant augmenté bien souvent par les ronflements de Jean. Il ne s’endormait jamais sans s’assurer qu’il était en ordre de marche.

 

Minuit quinze.

 

Il avait rêvé, se dit-il, les aiguilles avaient dû marquer avant minuit dix (au lieu de vingt). Une angoisse se saisit alors de lui, un manquement d’air dans sa poitrine la rendit douloureuse. Et si un jour son Jaz se trompait d’heure. C’était impossible. En soixante ans de bons et loyaux services, il ne lui avait jamais fait ça. Il ne pouvait lui faire ça ! Tout juste s’il perdait cinq minutes à l’occasion du changement de pile. La mise à l’heure d’été ou d’hiver, ne prenait que quelques secondes et il repartait de plus belle.

 

Minuit cinq.

 

Il se leva sur les coudes. Ce n’était pas le réveil qui déconnait, c’étaient ses yeux. A son âge, il était normal qu’ils commencent à dérailler. D’ailleurs, son corps tout entier, se rappelait à lui. Il avait fait tellement de pas, de chevauchées, s’était pâmé dans tellement d’attitudes, que maintenant ça coinçait aux jointures, ça gênait aux entournures, les articulations manquaient d’huile, les organes s’essoufflaient. Il se tourna contre le mur pour lui tourner le dos. Il entendait toujours le tic-tac, ce qui le rassura. Pourtant l’inquiétude qui lui avait bloqué la poitrine, comme dans un étau, redoubla d’intensité. N’y pouvant plus, il se retourna vers son Jaz et là, il vit que l’impertinent marquait

 

Minuit.

 

C’en était trop !  Au lieu d’avancer comme tous les réveils et les montres du monde, voilà qu’il s’était mis à reculer. Jean vit sa mort arriver. Le réveil, pour une raison quelconque, avait décidé de l’empoisonner. Il rechercha ce qu’il avait pu lui faire de mal et ne trouva rien. Il ne parvenait toujours pas à dormir. Il se rappela en boucle, les circonstances dans lesquelles, il avait acheté le réveil. C’était avec Marie. Marie était une blondinette de vingt ans qui avait tenu à lui offrir ce cadeau ridicule. Ils s’étaient aimés six mois et, en partant, elle lui avait lancé méchamment :

 

- Tu vivras tant que poursuivra ce réveil sa marche en avant… Après…

 

Il se rappela cette phrase mot pour mot. Après… Ce qu’il avait pris pour une menace enfantine, lancée sur le coup de la colère, était en train de se réaliser. L’instant était arrivé, le Jaz s’était mis à reculer, sa mort approchait. N’y tenant plus, il se leva, se tint au bord du lit, prit le réveil et le jeta violemment contre le mur. Le verre se brisa.

 

C’est là qu’on le retrouva, dans la ruelle : mort. Le commissaire, appelé de toute urgence par la femme de ménage, constata le désordre qui régnait dans la chambre. Et surtout ce réveil à terre. « C’est le témoin d’une lutte acharnée. »

 

- Par contre, dit-il au collègue qui l’accompagnait, « on est sûr d’une chose, c’est l’heure de sa mort : minuit vingt. »

 

Les aiguilles, intactes, s’étaient arrêtées sur cette heure.

 

Par norge - Publié dans : nouvelle - Communauté : bonnes nouvelles
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Jeudi 17 mai 2012 4 17 /05 /Mai /2012 15:12

17/05/2012 85-


« - Voulez-vous dire que vous êtes un assassin ?»

 

Il avait parlé de l’assassinat de sa femme en des termes non équivoques. Voyons la scène.

 

« Du sang partout. Elle, recroquevillées, chiffonnées, poupée désarticulée. Une corolle rouge sous sa nuque. Des yeux étonnés de se retrouver ainsi. Morte. Elle gisait au bas de l’escalier. Lui, regarda ses mains toute rougies, essayant de se remémorer où tout cela avait commencé. »

 

Il avait rencontré Gilda dans l’orient Express. Ils venaient tous les deux de vivre une histoire d’amour douloureuse et leur bouleversement les rapprocha. Elle avait une beauté à vous couper le souffle et lui un charme slave du plus bel effet.

 

Ils se rejoignirent dans leur cabine, en changeant à tour de rôle et ces moments volés leur apparurent captivants. Ils se donnèrent corps et âme, sans calcul ni tempérance. A la descente du train, ils n’envisageaient plus de vivre l’un sans l’autre. Ce qu’ils firent.

 

Ils partagèrent un bonheur sans nuages pendant trois ans où la folie de leurs sens le disputait à une passion violente. Mais le soufflé ne tarda pas à retomber quand il s’aperçut que sa femme était l’objet de tous les regards, de toutes les convoitises. Les mâles, en sa présence, ressentaient des picotements, des sautes de cœur qu’ils ne pouvaient cacher. Jean sut à ce moment-là qu’il devrait la cacher.

 

Gilda se plia à cette jalousie (araignée velue) de mauvaise grâce. Elle aimait sentir, aller au monde, rencontrer des gens. Il l’en empêcha. Son caractère s’étiola, elle devint irascible. La fleur, mise en pot, manquait de lumière, elle ne pouvait plus s’épanouir. Lui avait trouvé le moyen de conserver son joyau dans son écrin. Puis la belle atteint une sorte de folie où elle voyait des hommes batifoler autour d’elle, ils la complimentaient, elle les entraînait dans sa chambre où se déroulait des ébats les plus torrides.

 

Il n’avait pas prévu cette réaction et se montra encore plus jaloux de ces nouveaux venus. Ils n’avaient pas de consistance physique, mais ils prenaient une telle place, qu’il passait son temps à les combattre et essayer de les renvoyer à leurs chères études.

 

Puis un jour, ces ectoplasmes se réunirent à une dizaine en haut des escaliers. Ils étaient là à le narguer, à lui dire qu’ils avaient passé de merveilleux moments dans les bras et le reste de sa femme et que c’était un « coup » comme on n’en fait plus. Il appela Gilda pour qu’elle lui rende des comptes. Celle-ci, encore ensommeillée, ne réagit pas tout de suite, mais au bout de quelques instants, elle les « vit ». Elle leur tendit les bras, s’approcha de l’un et de l’autre, les caressa, pour se baigner dans leur chaleur. Elle était tellement agitée, qu’à un moment, elle perdit l’équilibre et dévala l’escalier. Jean se lança à la poursuite de Gilda et ne put que constater sa mort.

 

C’est dans cet état étrange où l’on ne se rappelle plus de ce qui vient de se produire, ni son exacte implication dans les événements bouleversants, que le trouvèrent les policiers. 

Par norge - Publié dans : nouvelle - Communauté : manuscrits en ligne (romans)
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Jeudi 10 mai 2012 4 10 /05 /Mai /2012 11:36

 

10/05/2012 84-

« Vers 6 heures, il était allongé sous un arbre, la tête sur les genoux d’Aurélie qui lui caressait les cheveux. »

 

Aurélie et Jean vivait une merveilleuse histoire d’amour. Ils s’étaient rencontrés sur une éclipse de lune. « C’est le désastre des astres », avait-il lancé, tandis qu’ils se trouvaient tous les deux dans cette rencontre organisée par des astronomes amateurs. Elle avait souri à ce jeu de mots, puis s’était éloignée. Ils se retrouvèrent alors qu’ils buvaient une coupe de champagne offerte par les organisateurs. Ils avaient le nez en l’air et ils s’étaient bousculés, chacun tachant le vêtement de l’autre. C’est en regardant leur coupe vide, puis en se regardant droit dans les yeux, que s’était produit un véritable coup de foudre. Comme si l’éclair de leur passion était, né dans le ciel à l’occasion de cet événement météorologique. Ils s’étaient raccompagnés au petit matin et ils avaient fini dans le même lit. Depuis, ils ne s’étaient plus jamais quittés.

 

Et ils se retrouvèrent scellés sous un chêne, Jean la tête sur les genoux d’Aurélie qui lui caressait les cheveux.

 

Les cheveux… Parlons maintenant de l’arbre sous lequel ils s’étreignaient et dont la tignasse verte protégeait le couple de la chaleur insupportable, il leur faisait de l’ombre. Mais avaient-ils demandé la permission ?

 

Parlons de l’arbre… Il s’agissait d’un chêne trentenaire qui avait il y a peu, une petite copine, une essence de la même espèce, du genre féminin. Ils s’étaient parlé d’amour par phéromones interposées et des substances chimiques s’étaient répandues dans leur chevelure, puis dans leur corps-tronc pour irradier dans leurs racines. Ils s’étaient tant et tant donné que rien au monde n’aurait pu les séparer. Sauf…

 

Deux bûcherons égrillards et enivrés qui passaient par là. Personne ne leur avait rien demandé. Par amusement, ils avaient tronçonné l’amour du chêne. Ils ne s’étaient même pas préoccupés de son corps qui gisait au sol, éparpillé, démembré. Le chêne trentenaire avait versé des larmes sur l’agonie de sa copine, puis tout au long des jours et des nuits qui suivirent. Il demeurait inconsolable.

 

Alors, quand il a vu sous lui les deux tourtereaux, représentants de l’espèce assassine, sa sève n’a fait qu’un tour. Un mauvais tour, on doit le dire. Il pensa fortement aux jours heureux passés avec elle, et ses larmes redoublèrent. Mais on sait combien les larmes sont acides et salées. Elles peuvent même tuer.

 

Les larmes acérées tombèrent sur le corps d’Aurélie et de Jean qui ne prirent pas garde au danger. On admet généralement que les arbres sont pacifiques et animés de bonnes intentions. Mais on se trompe.

 

On retrouva les deux corps morts, figés, Jean, la tête sur les genoux d’Aurélie, mais ses mains à elle ne caressaient plus ses cheveux à lui.              

 

Par norge - Publié dans : nouvelle - Communauté : manuscrits en ligne (romans)
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Jeudi 3 mai 2012 4 03 /05 /Mai /2012 11:43

 

03/05/2012 83-

« Il faisait noir dans ma petite chambre. »

 

Il faisait noir, comme souvent, quand j’éteins. Je veux parler de l’obscurité faite dans ma petite chambre, celle que j’aime et avec qui je me sens le mieux du monde. C’est d’ailleurs en elle que j’ai toujours ressenti les meilleures sensations. J’ai l’impression qu’elle m’aime et me comprend, comme le poète dans son rêve étrange et pénétrant.

 

On peut parler d’une véritable histoire d’amour entre nous. Celle-ci a commencé à l’aube de mon temps. Bébé, dans mon berceau, je n’ai jamais eu peur d’elle, au contraire, elle me rassurait, elle me sécurisait. Avec elle, j’avais l’impression que rien de mal ne pouvait m’arriver. Elle m’englobait, me protégeait de ses mille mains, je la préférai à ma mère qui passait son temps à me laisser tout seul au milieu de nulle part.    

 

Enfant, je l’ai bénie avec des cliquetis d’étoiles qui tintinnabulaient comme les haubans sur les mâts des bateaux. Je lui racontais des histoires. Ecoutez… Elle tombait à mes pieds et me récitaient des mots d’amour.

 

A l’adolescence, plusieurs femmes voulurent la partager, mais elle ne se laissait pas faire et c’est elle qui gagnait. Ces jeunes filles en fleur me faisaient l’amour, mais c’est dans la nuit que je semai mes substances. Elles firent tout pour l’arracher à moi, mais elle se débattait tant et si bien, qu’elle avait le dernier mot.

 

A l’âge adulte, j’ai tâté de tellement d’êtres : femmes, hommes, enfants, que je sais faire la part des choses. Il n’y a pas meilleure qu’elle sur terre pour m’apaiser. Ecoutez… Je ferme l’œil de la nuit et je m’embarque avec elle dans des rêves invraisemblables, mais si vrais qu’ils en paraissent véritables. Nous faisons tellement de voyages, que nous avons dû couvrir tous les pays du monde.

 

Bien sûr, je sais qu’un jour, elle se refermera définitivement sur moi. Quand tout sera dit. Une dernière fois, elle tombera à mes pieds et mourra, sacrifiée.

 

Je vous le dis, à ma mort, je l’emporte avec moi, vous n’entendrez plus parler d’elle sur terre. Pour vous, ce sera le jour éternel et croyez-moi, vous la regretterez. Vous regretterez ses bras, son corps, sa chaleur. Vous vous retrouverez dans une vie sans espoir où rien ne vient clore vos journées. Celles-ci vous apparaitront vides, mornes, monotones. Vous appellerez la nuit de tous vos vœux, qu’elle revienne sur terre. Mais ce sera impossible, elle reposera à jamais auprès de moi.

 

La nuit éternelle

 

Dans mes bras

 

Et nous regarderons la scène parsemée d’étoiles en nous disant encore et encore

 

je t’aime, toi

 

tu as les plus beaux yeux tu sais…

 

Par norge - Publié dans : nouvelle - Communauté : manuscrits en ligne (romans)
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Jeudi 26 avril 2012 4 26 /04 /Avr /2012 14:21

 

26/04/2012 82-

« Cet instant-là, c’est sa vie, la seule réalité de sa vie, et il ne reste plus qu’à hurler, hurler de toutes ses forces, un hurlement que personne n’entendra jamais. »

 

Il a crié si fort que les arbres ont tremblé, dans cette forêt profonde où il avait eu la mauvaise idée de s’enfoncer. Au début, Patrick l’avait fait par dépit. Isabelle l’avait quitté le matin même, sans armes ni bagages. Elle l’avait laissé seul sur le quai comme un demeuré, désespéré surtout. Il avait pris sa valise grise, sa triste mine et ce train qui l’amena où bon lui semble. Au-delà de la ville, il se jeta à corps perdu sur ce chemin qui l’avait entraîné au cœur de cette forêt.

 

Bon, une fois dans la forêt, si vous marchez droit devant, un jour, inévitablement, vous en sortez. Patrick, non. Il avait perdu sa valise, s’était fait des égratignures, s’était esbigné aux branchages, était tombé, s’était relevé, mais il avait l’impression de tourner en rond, tant cette forêt n’en finissait pas. De temps en temps, il y avait bien une éclaircie dans le ciel, une aussi dans la frondaison, mais tout se rebouchait aussitôt, sans explication. C’était comme si les arbres se retournaient sur lui.

 

Il dormit plusieurs fois à même le sol et au réveil, c’était toujours le même paysage : des arbres, des arbustes, des broussailles… Mais il gardait le moral, assuré qu’un jour il allait s’en sortir, c’était inéluctable. Il tira donc des plans sur la comète, imaginant un tas de choses.

 

La plus belle d’entre elles, étant qu’Isabelle se trouvât à un moment, au sortir de la forêt, sur la route. Il la vit nue, habillée, offerte à lui, se refusant, lui proposant de croquer à des fruits défendus. Il l’aimait tellement qu’il avait besoin de la réinventer.

 

Et un jour, elle fut là, sur une paroi rocheuse. On devrait plutôt dire son image, son reflet. Mais sa silhouette devant ses yeux ébahis, c’était déjà un commencement. Il s’approcha. Les arbres aussi… il les sentait derrière lui. Comme dans ce jeu 1,2,3 soleil où l’on doit s’arrêter d’avancer si on nous voit.

 

Il se trouva bientôt à quelques mètres de la falaise et l’image d’Isabelle était toujours là, comme par magie. Il s’aperçut alors que ce n’était que son ombre. S’il y a une ombre, c’est que l’être de chair qui l’a provoquée, ne doit pas être bien loin. Il escalada la muraille. La canopée s’étendait à perte de vue. Autant chercher l’aiguille Isabelle dans une botte de foin.

 

         En descendant de son perchoir, il s’avisa d’une étrange machine et d’un étrange bonhomme. Celui-ci portait un tissu noir sur la tête et semblait faire des photographies.

 

Patrick, ne se démontant pas, lui demanda séance tenante, où était Isabelle. Il lui fut répondu que ce n’était qu’un hologramme et que le belle se trouvait à des milliers de kilomètres.

 

Le sang de Patrick ne fit qu’un tour. Il piétina la machine et l’homme dans le même mouvement. Isabelle disparut aussitôt. Pour sa défense, devant le juge, il affirma mordicus que certains méritent tellement la mort que ce n’est pas un crime de la leur donner.

 

Par norge - Publié dans : nouvelle - Communauté : manuscrits en ligne (romans)
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Jeudi 19 avril 2012 4 19 /04 /Avr /2012 11:38

19/04/2012 81-

« Angoisse tenace, toute la matinée. »

 

Ne sais pas d’où ça vient, mais c’est venu… ça m’a tenu jusqu’à midi… L’hypothèse du repas ? Peut-être l’angoisse de venir au monde et de ne pas savoir où je mets les pieds. D’après les rumeurs, ça a l’air d’être un bordel monstre l’au-dehors. Et les parents qui ne laissent pas leur part aux chiens. Soit ils s’engueulent avec les autres, ceux qui les « empêchent » de tourner rond, soit ils s’engueulent entre eux, en tout cas ça crie dans tous les azimuts qu’on regarde.

 

J’y vais-t-y ? J’y vais-t-y pas ? Voilà la vraie question… je peux encore refuser d’y aller, mort-né qu’on appelle ça. Mais alors je ne me serais pas forgé ma propre opinion qui compte avant tout. J’ai envie de me la faire ! Il parait qu’il y a du bon et du mauvais dans l’existence humaine, du bon parfois, du mauvais souvent.

 

Trop dur de reculer… ce serait imposer à maman une deuxième fausse-couche. J’explique… Y’a déjà eu un mort : mon jumeau. Il me bouffait toute la place çui-là, il happait mon air, il avait des airs supérieurs. Alors, un jour, j’ai décidé de le tuer. Vous auriez fait comme moi. Je lui ai enroulé le cordon ombilical autour du cou. Et j’ai serré… Entre nous soit dit, ce n’était pas une grosse perte.

 

J’ai entendu les parents pleurer à qui mieux mieux, des mauviettes, c’était oublié qu’il restait le meilleur : moi ! Y’a pas mieux que moi dans ceux qui ont été mis au monde depuis le début des temps. On se demande d’ailleurs pourquoi on m’a attendu si longtemps. Je vous le dis… les gens se sont gourés il y a 2000 ans, il y a eu erreur sur la personne, un mec a pris ma place (un que j’ai pas pu tuer avant sa naissance). Ils ont tous cru, les imbéciles, qu’il était arrivé ! Un imposteur, j’vous dis. Le messie y’en a qu’un : c’est moi !

 

Vous verrez ce dont je suis capable quand je serai sorti de son ventre. J’accomplirai des miracles à tour-de-bras, je ferai de la résurrection et de la multiplication de pains dans la gueule à tout casser, on viendra me contempler de partout, on m’adulera. Que ça reste entre nous : maman n’est qu’une mère porteuse, doit être heureuse d’avoir été choisie pour me mettre au monde. C’est pas moi qui l’ai choisie. Moi, j’en aurais choisi une autre, une qui sait d’emblée que je suis le meilleur et que j’ai bien fait de tuer mon frère. Au lieu de ça, elle se lamente sur la disparition de son rejeton… Abel, Abel… elle n’arrête pas de répéter. Comme si après l’Abel, elle n’aurait plus que la bête…

 

J’ai donc décidé de sortir, de m’ouvrir, de me déplier, d’aller faire un tour… surtout pour foutre davantage de bordel. Après, je mettrai de l’ordre dans la société et je ramènerai le calme pour que je suis tranquille. Il faudra juste se prosterner devant moi, m’offrir des cadeaux, m’immoler des animaux. C’est pas l’amer à boire ! Mes disciples seront récompensés : ils auront eu l’honneur de me servir.

 

Vous ne me croyez pas ?

 

C’est vrai que pour l’instant, je suis à peine formé, un être en devenir, on ne devine pas forcément mon tempérament, je ne renvoie rien de conséquent. Mais quand toutes mes parties du puzzle seront en place, vous verrez à qui vous avez affaire !

 

Je me lance dans votre chaos pour vous ramener la plénitude. Par contre, gare à ceux qui ne croiraient pas en moi. Ceux-là, je les piétinerai, je les lacèrerai, je les détruirai. Ils mourront à petit feu.

 

C’est tout ce à quoi je pense là-dedans, dans ce liquide chaotique. Le temps ne passe pas vite, alors j’imagine des choses. Des choses sinistres de préférence, car je fais partie, comme vous, de l’espèce dominante.

 

C’est pour ça aussi qu’

Angoisse tenace, toute la matinée.

 

Vivement cet après-midi que mère change de côté !

Par norge - Publié dans : nouvelle - Communauté : manuscrits en ligne (romans)
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Dimanche 15 avril 2012 7 15 /04 /Avr /2012 09:31

 

 

15/04/2012 80-


 

« Arrivés à la pointe de l’île qui regarde droit vers le large, nous nous sommes arrêtés une fois de plus. »

 

La ville côtière la plus proche nous est apparue dans un brouillard. Mariette me tenait la main. C’est comme si nous consommions le monde, il nous appartenait telle une orange pelée offerte à notre gourmandise. Mariette et moi avions depuis longtemps préparé ce voyage, il allait conclure la période post-mariage qui présente pour bon nombre de couples bien des dangers. Nous étions passés outre. Notre avenir était dégagé comme le ciel au-dessus de cette île.

 

Il se produisit quelque chose de bizarre. J’ai déjà dit que la ville côtière la plus proche nous était apparue dans un brouillard. Le brouillard devint de plus en plus épais, jusqu’à cacher les habitations et les rendre de plus en plus petites, de plus en plus inaccessibles. Elles finirent d’ailleurs par disparaître complètement, à part quelques lumières qui striaient la nuit.

 

Celle-ci (la nuit) était tombée sur nous sans que nous nous en étions rendu compte. Elle est souvent imprévisible il est vrai et fait rarement ce que l’on attend d’elle. Mariette frissonna. Elle me lâcha la main. Je ne compris pas sa réaction dans la mesure où je lui dispensai ma chaleur. Je mis cela sur le compte d’un fourmillement inattendu qui lui avait engourdi la main.

 

La ville, cette fois, disparut totalement. Je me rendis compte, en regardant le mouvement des vagues, que l’île dérivait. Nous étions en pleine mer et elle n’avait plus d’attache. « Nous sommes sur une île flottante », plaisantai-je en direction de Mariette, sachant que c’était son dessert préféré, mais elle aussi s’était éloignée. Je ne vis bientôt plus que sa main émergeant des ténèbres, puis ses doigts, puis… plus rien.

 

Plus rien d’elle... Nous étions sur deux pôles différents de l’île et les deux pôles se repoussaient. Je passai en mémoire ce qui avait pu nous séparer ainsi et ne trouvai rien de blâmable entre nous. Mais une petite voix de Mariette, écho répandu dans le vide sidéral, me vint aux oreilles. Elle me reprochait mon refus d’avoir des enfants. J’eus beau crier que c’était un mal réparable, même si nous n’en avions pas besoin pour assurer notre bonheur, mais que si elle éprouvait le contraire, j’étais prêt à ce sacrifice.

 

Je n’entendis d’elle qu’un rire sardonique qui me vrilla les oreilles. Je me retrouvai seul au beau milieu de l’océan. C’est pour cela que j’ai jeté cette bouteille à la mer. Si vous la trouvez, n’hésitez pas à appeler les secours.

« Je vous en supplie, retrouvez Mariette et ramenez-la à ma vie. »

 

P.S. : Si ce n’est pas le cas, laissez-moi dériver sur l’immensité de la mer. Serions-nous autre chose qu’un frêle esquif ballotté au gré des vagues ? De celles qui un jour vont devenir mourantes. 

 

Par norge - Publié dans : nouvelle - Communauté : manuscrits en ligne (romans)
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Jeudi 5 avril 2012 4 05 /04 /Avr /2012 13:43

 

05/04/2012 79-

« Dès le lendemain matin, chaussé d’énormes bottes, j’entrai dans la rivière pour me consacrer aux activités de bâtisseur. »

 

Le niveau de la rivière était bas, l’eau n’entrait pas dans mes énormes bottes de 7 ans. Je construisis une sorte de radeau que je testai au fil du courant. Il ne coulait pas ! J’étais ébahi d’avoir fabriqué ça de mes petites mimines. En général, je ne faisais rien de bon, mes parents se tuaient à le répéter qui ne voyait pas en moi un créateur. D’ailleurs, en moi, ils ne voyaient rien mes parents. Je leur étais transparent comme les vitres des fenêtres et encore papa n’était pas vitrier. Qu’est-ce que ça aurait été !

 

Remarquez, je leur renvoyai bien la balle, puisqu’eux non plus ne m’intéressaient pas. J’aurais voulu changer de famille, mais il parait que ce n’est pas possible à cause de l’ordre établi une fois pour toutes. L’ordre établi est quelque chose qu’il ne faut pas déranger sous peine. Alors je faisais contre leur mauvaise fortune mon bon cœur et je me contentais de rentrer chez eux pour manger et dormir.

 

Là, dans cette rivière, auprès de mon radeau, je me sentais grandiose, comme si j’avais réalisé un authentique exploit. Me prirent des envies d’évasion et de liberté, de conquête d’un nouveau monde où je deviendrais le roi.

 

Mes vœux furent exaucés au-delà de toutes mes espérances. En effet, il se mit à pleuvoir si fort que le niveau de l’eau monta en quelques secondes, que la rivière déborda et que je fus emporté à vive allure sur mon radeau.

 

Qui n’a jamais éprouvé un tel sentiment de liberté ne peut pas comprendre ce que j’éprouvai alors. J’étais transporté dans tous les sens du terme. Je vis s’éloigner avec torrent de joie et de rires, ma maison et surtout ce qu’il y avait de pire à l’intérieur : mes parents. J’espérais qu’ils ne me retrouveraient jamais.

 

Je passai bien sûr par quelques angoisses et peurs pendant lesquelles mon frêle esquif faillit chavirer cent fois, mais il tint bon et m’expédia franco de port à la mer. La mer, vue du haut de ses 7 ans, est encore plus grande que tout ce qu’on peut imaginer. Elle n’en finit jamais. Quand on la croit terminée, elle se déroule encore. Des milliards de litres d’eau m’entouraient, mais ils ne me faisaient même pas peur ! J’étais le maître des océans.

 

Les vagues d’amour me conduisirent sur une île. J’amarrai mon radeau et je commençai mon exploration. Il n’y avait personne. J’étais le seul être humain à des kilomètres, je ne parle pas des oiseaux, des crabes et des poissons. Je me sentis de nouveau pousser les ailes de la fierté. J’avais réussi tout seul, à partir de ma rivière, à gagner le Paradis. Je m’endormis sur le sable chaud et je laissai mon esprit vagabonder.

 

Le lendemain matin, je fus réveillé par des bruits de toutes sortes. Je me frottai les yeux et ce que je vis était pire que tout. Là, à quelques mètres, portée par des centaines de bras, s’étalait une longue banderole où il était écrit :

 

« Bienvenue à toi Jeannot. »

 

Je ne compris que bien plus tard, quand tous ces gens, après m’avoir bousculé, pincé, tiré à hue et à dia, m’eurent expliqué la situation de leur bouche ennemie.

 

Papa avait acheté l’île.

 

Par norge - Publié dans : nouvelle - Communauté : manuscrits en ligne (romans)
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Jeudi 22 mars 2012 4 22 /03 /Mars /2012 11:06

 

22/03/2012 78-

« Les sternes avaient raison. »

 

Les oiseaux ne se cachent pas tous pour mourir, certains se planquent pour niquer, puis nidifier. Le couple de sternes qui nous occupe avait tout bien fait comme il faut. Ils avaient trouvé un abri sûr, au flanc d’une falaise battue par la mer. Là ils seraient tranquilles pour fonder famille. Cependant les deux tourtereaux n’avaient pas manqué de discuter.

 

- Il faut se méfier des prédateurs, ils trouvent toujours leurs proies.

- J’ai peur.

 

Au cours de leur vie, les ternes avaient acquis de la sagesse comme tout un chacun. Ils avaient raison : il fallait se méfier de tout le monde. En premier lieu, des rapaces qui surgissent d’on ne sait où pour fondre sur vous sans la moindre pitié. Il faut se méfier de la météo qui peut vous cribler de grêlons, au gré de son humeur et vous laisser pantois, sans toit et sans vie. Il faut se méfier de l’homme bien sûr, le plus terrible de tous, l’un des sept milliards et le plus souvent imprévisible. 

 

Un énorme papillon bruyant se présenta devant la femelle couvant, la sterne ne sachant pas qu’il s’agissait d’un ULM avec au bout, un humain. Celui-ci prit d’innombrables clichés, visant le volatile sous toutes les coutures, mais au bout du compte il le laissa libre. Il s’agissait d’un ornithologue inoffensif et l’on sait que cette espèce-là n’est pas dangereuse pour la gent ailée.

 

De retour chez lui, Jean, l’ornithologue, développa les clichés, les scanna et les visionna sur son ordinateur. Et ce qu’il vit ne manqua pas de l’intriguer.

 

Sur certains clichés, en effet, tandis que la femme sterne se soulevait pour laisser son oisillon respirer, il vit très distinctement un bébé humain.

 

Passé la surprise, Jean se dit qu’il fallait faire absolument quelque chose, l’enfant était en danger, il pouvait à tout moment choir de la falaise et être précipité vers les entrailles liquides. Il remit son ULM en marche et retrouva rapidement le nid des oiseaux marins.

 

Il s’approcha avec d’infinies précautions, ne voulant pas provoquer des mouvements intempestifs qui auraient pu nuire à l’enfant. La maman sterne, voyant cela, pensant que le prédateur allait lui voler son petit, se mit à battre des ailes, appela son compagnon qui attaqua l’oiseau de fer avec l’énergie d’un père inquiet et protecteur. Il fit tant et si bien que l’engin déséquilibré, tomba dans le vide et le volatile perdit des plumes en se prenant dans les pales.

 

Maman sterne, avisant son compagnon en grand danger, mobilisa le plan Orsec, perdit toute notion de sécurité du territoire, elle s’éleva au-dessus du nid et provoqua la chute de son enfant dans le vide.

 

Merde ! Tout le monde va mourir dans cette histoire ! Merde !

 

L’auteur, pris de remords, gomma un tas de mauvaises pensées et revint à un récit plus apaisant. Si bien que l’ULM, avant de toucher le sol, se rééquilibra et son pilote parvint à récupérer le bébé dans ses bras. Il y eut bien encore quelques plumes qui s’échappèrent des pales, c’était la sterne femelle qui rejoignait son mâle dans sa mort. On est obligé de garder une certaine vraisemblance dans sa narration. Et puis, que représente la vie de deux oiseaux face à celle de deux humains ?

 

Je pense que cela dépend uniquement de celui qui pose la question.

 

Par norge - Publié dans : nouvelle - Communauté : manuscrits en ligne (romans)
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Jeudi 15 mars 2012 4 15 /03 /Mars /2012 09:32

 

15/03/2012 77-

 

 

Elle en a tant vu passer de badauds dans cette rue ! Faut dire que voilà trois ans qu’elle fait mannequin dans cette vitrine d’une boutique, de prêt-à-porter féminin. Elle a été souvent nue, quand la gérante n’avait pas refait l’étalage, au vu et au su de tout un chacun, mais la plupart du temps, on la vêt de dessous chics.

 

Regardez-la, elle a des proportions sculpturales, pas besoin de la retoucher sur Photoshopou autre quand on veut l’exhiber dans les catalogues de lingerie. C’est  une perfection, un corps béni des dieux.

 

Elle n’a rien d’autre à faire que de mater le chaland qui passe. Les femmes la dévisagent avec envie, s’imaginant parfaite de corps (à son image) et portant ce qu’elle porte à la perfection. Les hommes la reluquent avec envie également, mais pas la même, quelque chose d’érotique, de puissant, de profond, une délicieuse projection. S’il n’était la paroi de verre, j’en connais nombreux qui viendraient caresser ses formes.

 

Mais à part quelques aventures fugaces et passagères, quelques accidents de la circulation, rien vraiment de palpitant, pas vraiment de quoi exciter son existence. Un profond ennui lui est tombé dessus, alors qu’elle arbore un magnifique soutien-gorge et une sexy petite culotte violets. Elle est belle sous le soleil, ses rayons soulignent son corps harmonieux et jouant d’ombre et de lumière, met en valeur ses pleins et déliés. Elle a souvent invoqué  le Dieu des mannequins pour qu’il vienne à son secours et la tire de sa condition encagée. Elle se verrait bien trotter dans les rues de la ville, s’attabler dans un salon de thé pour déguster un dessert glacé, et puis s’en aller dans la campagne pour découvrir de merveilleux paysages. Tiens, si elle s’écoutait, elle ferait le tour du monde. Mais rien à faire, elle est scotchée dans sa vitrine, punaisée au feutre du sol, esclave du regard des autres.

 

Or voilà qu’un jour…

 

Un jour de juin, alors que le printemps aérien allait laisser sa place à l’été lourdingue, elle le vit.

 

Elle le voit et son âme chavire, son corps vibre de pore en pore, sa gorge se noue, une onde électrique se propage jusqu’à son bas-ventre, dans sa plus stricte intimité.

 

Jean s’est arrêté, hypnotisé par la rencontre. La femme mannequin est ce qu’il a jamais rêvé de plus beau. Il n’a fait qu’errer jusqu’à maintenant dans la vie et voilà qu’il vient d’atteindre l’inaccessible étoile.

 

Une alchimie naît entre les deux êtres, une sorte de passerelle mi-chair mi-PVC se crée entre eux et ils vont l’un vers l’autre avec des élans infinis. Ils ne se connaissent pas et déjà ne peuvent plus se passer l’un de l’autre. Ils ne font plus qu’un, esclave d’un improbable coup de foudre.

 

Pendant des heures, tandis que l’homme était reparti vers ses préoccupations, elle ne voit plus que lui, elle ne pense qu’à lui.

 

Il y eut un craquement dans la nuit. Jean venait de fracasser la porte en verre et se rua dans le magasin dépourvu d’alarme. Il s’approcha d’elle avec d’infinies précautions. Quand il la prit dans ses bras, elle vibra. Quelque chose venait de percuter sa salle des machines, un OVNI identifié d’amour. Il était revenu. Il allait la sortir de cet endroit banal et ils iraient parcourir le monde. Ils s’enchevêtrèrent.

 

 

C’est ainsi qu’on les retrouva… enchevêtré… lui sur elle, au petit matin. Leur bouche s’était scellée, leur corps nu collé l’un à l’autre, en pleine sidération.

 

On ne connut jamais l’origine de la mort de Jean. Il serait trop déroutant et même angoissant de se dire qu’on peut mourir d’un coup de foudre. 

Par norge - Publié dans : nouvelle - Communauté : manuscrits en ligne (romans)
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